Le projet Isis – Chapitre 3

Proximité de la Banque Rouge – 16h45

Les Absinthes noires et Acacia étaient dans une fourgonnette volante, la grande sœur de l’aéromobile, qui permettait le transport de marchandises, mais aussi d’un grand nombre de passagers. L’excitation courait dans leurs veines. Ils n’avaient jamais organisé de braquage de cette envergure. C’était énormément risqué, mais grâce au nouveau don d’Acacia, ils avaient leur chance. La Xaklan gara la fourgonnette le long de la rampe d’accès du 102ème étage et se retourna vers eux.

— Vous êtes prêt ?

Tous acquiescèrent. L’extraterrestre reprit.

— Bien, je vous remets à tous deux photos. La première est celle de l’actionnaire dont vous prendrez l’apparence pour entrer dans la banque, la deuxième, celle pour le braquage.

Elle leur tendit les clichés qu’ils examinèrent attentivement. C’était une série de d’hommes et femmes d’affaires, impeccablement coiffés, maquillés et habillés. La deuxième ressemblait plus aux personnes qu’on rencontrait dans la rue. Ils paraissaient plus abordables. Les membres des Absinthes s’interrogeaient toujours. C’était bizarre d’imaginer qu’en quelques secondes, ils pouvaient devenir une autre personne. Mais tout leur plan reposait là-dessus, ils n’allaient pas se dégonfler maintenant. Ils entendirent soudain le gémissement de Lania.

— Il faut vraiment que je me transforme en ce laideron ? !

Sergueï leva les yeux au ciel. Quand la jeune fille finirait-elle par mûrir ? Il se demandait parfois s’il ne s’était pas trompé à son sujet.

— C’est l’affaire de quelques minutes, n’en fait pas tout un plat.

Acacia s’impatienta.

— Bon, vous avez les bas ?

Ils acquiescèrent.

— Alors nous pouvons commencer.

— Je persiste à croire que cette histoire de bas est une très mauvaise idée, riposta Sergueï.

— Tu n’as pas le choix, rétorqua sombrement la Xaklan.

Il lui adressa un regard noir, mais finit par céder. L’attrait du magot qu’ils allaient ramasser était plus important que son orgueil. Il serait temps de prouver ensuite qu’il était toujours le chef. C’étaient ses absinthes, pas celles d’Acacia. Le groupe ferma les yeux et commença à se concentrer. Peu à peu, leur ADN se modifia, prenant l’apparence de la personne voulue. C’était un spectacle plutôt dérangeant, mais Acacia y était habitué. Ça servirait ses plans à merveille. Le groupe rouvrit les yeux. Sergueï regarda ses hommes, un étrange sourire étira ses lèvres.

— J’ai du mal à m’y faire.

— Et moi donc ! révéla Jared.

Enzo éclata de rire en regardant ses nouvelles mains manucurées.

— Moi, je trouve ça amusant.

Matt leva les yeux au ciel.

— Tu trouves tout amusant.

Acacia réprima un geste d’agacement. Ils étaient tellement agaçants, et si peu doués avec ça. Il allait falloir qu’elle apprenne à se maîtriser pour mener sa mission à bien. Mais elle était une championne de la manipulation. Elle ne doutait pas une seule seconde de sa réussite. Elle émit :

— Si vous avez fini de discuter, on pourrait peut-être passer à l’action ?

Ils reportèrent leur regard sur elle.

— Allons-y, approuva Sergueï.

Les Absinthes noires sortirent de la fourgonnette et avancèrent tranquillement vers la banque. Ils faisaient une belle brochette d’hommes d’affaire, avec les tailleurs et les attachés caisse qu’ils avaient prévus. Ils s’approchèrent de l’entrée. Aussitôt le portier fit quelques courbettes pour les saluer.

— Messieurs dames, je ne savais pas qu’il y avait une réunion aujourd’hui.

Sergueï lui offrit son plus beau sourire.

— Nous faisons une visite surprise.

Le portier resta interdit quelques instants.

— Euh… Bien sûr, vous êtes ici chez vous.

Matt passa devant lui, un rictus sarcastique aux lèvres. Il devait bien reconnaître que cette situation l’amusait comme un fou lui aussi.

— Merci.

Ils entrèrent dans la banque et s’arrêtèrent en voyant le luxe de la décoration. Le sol et les murs étaient en marbre. Des colonnes du même matériau étaient disposées en cercle dans le hall. Des tableaux de maître étaient accrochés au mur. Des clients richement habillés attendaient au guichet. Sabine avait les yeux grands ouverts. Bien sûr, elle savait que la richesse existait, mais la savoir à portée de main, c’était grisant.

— Nom de Dieu, ça me rend dingue tout ce fric, souffla-t-elle.

— Dans quelques instants, tout ça sera à nous, chuchota Sergueï. Mais reste dans ton rôle Sabine, nous ne sommes pas censés être étonnés. Allons-y.

Ils se dirigèrent vers le fond de la banque où un petit renfoncement contenait les toilettes. Sergueï regarda sa montre.

— Dans précisément trois minutes, on passe à l’action.

Tous hochèrent la tête puis les hommes et les femmes se séparèrent.

Sabine, Prisca et Lania s’étaient transformée et avaient mis leur bas en chapeau, attendant dans les toilettes l’heure exacte pour l’enfiler complètement. Elles avaient leur arme à la main, M16 et silencieux.

Elles étaient collées à la porte d’entrée. Prisca fixait sa montre pendant que Lania surveillait par la petite fenêtre que personne n’arrivait.

L’excitation commençait à monter dans la pièce.

— Préparez-vous, souffla la trentenaire.

Elles enfilèrent leur bas.

— 4…3…2…1… go !

Elles ouvrirent la porte violemment et se ruèrent à l’extérieur. En face d’elles, les hommes en faisaient de même. Matt tira une salve de coups en l’air avec son M16. Aussitôt, des cris fusèrent pendant que tous les clients regardaient d’un air horrifié dans leur direction.

— Tout le monde à terre, ceci est un hold-up ! cria Sergueï.

La plupart des clients obtempérèrent, mais certains rechignèrent. Prisca et Enzo s’approchèrent d’eux et les jetèrent brutalement au sol. La violence ne les effrayait pas, surtout quand ils avaient en face d’eux des portefeuilles ambulants. C’étaient tous des exploiteurs.

Sergueï, Matt et Sabine se dirigèrent vers le comptoir pendant que leurs compères surveillaient les otages. Le banquier appuyait de toutes ses forces sur le bouton d’alarme mais aucun son ne retentissait. Sergueï esquissa un sourire amusé.

— Vous croyez vraiment que nous n’avons pas pris nos précautions ?

Le banquier avala sa salive avec difficulté pendant que Matt le braquait. Sergueï s’appuya sur le comptoir.

— Bon, voilà le deal. Tu vas nous mener mon ami et moi jusqu’au coffre pendant que tes collègues donnerons la caisse à cette charmante jeune femme qui est là, indiqua-t-il en désignant Sabine. Et attention, pas de coups fourrés, ajouta-t-il, le regard plus noir que la nuit.

Le banquier resta immobile. Sergueï lui désigna le couloir qui menait au coffre d’un coup de tête. Le banquier esquissa un pas en tremblant. Il voulut attraper un canif discrètement mais Matt le repéra. Il rapprocha son arme.

— Tt tt, je te déconseille de faire ça.

Le banquier recula, un air d’effroi sur le visage.

— Le coffre, indiqua à nouveau Sergueï.

Le banquier sortit de derrière le comptoir et s’engagea dans le couloir, sous le regard et les armes de Sergueï et Matt. Restée seule, Sabine lança un attaché caisse et des sacs en toile sur le comptoir et cria aux employés :

— Bougez-vous ! Mettez tout le pognon là-dedans.

Ils obtempérèrent en tremblant.

Pendant ce temps, Matt et Sergueï étaient arrivés devant la porte du coffre. Le banquier avait du mal à ouvrir la porte, ses membres étaient paralysés par la terreur. Matt s’impatienta, il détestait déjà ce type. C’était un inutile; étrange qu’il ait réussit à vivre jusque-là.

— Grouille-toi ! On n’a pas la journée.

L’employé déglutit et réussit tant bien que mal à ouvrir la porte. Le coffre était rempli de casier et de liasses de billets encore posées sur une table. Sergueï et Matt sourirent à la vue de ce spectacle, chacun envisageant les nombreuses possibilités qui s’offriraient à eux avec tout ce fric. Matt regarda le banquier et lui fit signe avec son arme.

— Entre le premier.

Il s’exécuta. Les deux hommes entrèrent à sa suite. Le chef avança vers l’un des murs, ouvrit un sac et commença à ramasser les billets. Il entendit soudain un coup de feu claquer. Il se retourna et vit le banquier allongé au sol, un trou au milieu du front. De la fumée sortait encore de l’arme de Matt. Il fronça les sourcils.

— Tu étais obligé de le buter ?

— Je ne peux pas ramasser le fric et continuer à le braquer.

— C’est pas faux, mais un jour ton impulsivité te perdra.

— On continue à discuter ou tu veux un coup de main ?

Sergueï poussa un grognement.

— Grouille-toi de ramasser tout ça, idiot !

Il lança un sac à Matt et ils reprirent leur vol. Quelques minutes plus tard, les sacs étaient pleins et le coffre vide. Les deux hommes sortirent en vitesse et rejoignirent le hall. Sabine et Lania portaient chacune un attaché caisse et un sac plein à craquer. Les clients étaient toujours au sol et attendaient avec impatience la fin de leur calvaire. Sergueï indiqua :

— On a tout. C’est parti.

Ils se dirigèrent vers la sortie pendant que Jared, Prisca et Enzo continuaient à braquer les clients.

— Mesdames et messieurs, merci pour votre patience et pour votre argent. Passez une bonne journée ! Lança Enzo à la ronde.

Il tira en direction d’une caméra qui s’écroula au sol, puis lui, Jared et Prisca sortirent de la banque.

Ils rejoignirent les autres et tous montèrent dans la fourgonnette. Acacia était au volant. Dès que tout le monde fut à bord, elle démarra en trombe. À l’arrière, les Absinthes noires se laissèrent tomber avec soulagement sur la banquette. Les sourires fleurirent peu à peu sur les visages. Jared souffla.

— Je n’arrive pas à y croire, on a réussi !

— Il y a combien dans les sacs ? interrogea Prisca.

Matt lui en tendit un.

— Plusieurs centaines de millions.

Tous sifflèrent d’émerveillement.

— C’est un sacré coup, commenta Sergueï, mais on ne va pas s’arrêter là.

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