Le projet Isis – Chapitre 4

Banque Rouge – 1 heure plus tard

Les policiers étaient arrivés sur les lieux et avaient placé des barrières de sécurité tout autour de la banque. Plusieurs hommes interrogeaient les clients et les employés. Le commissaire Clayson attendait près de la rampe d’accès en fumant une cigarette. Cet homme d’une cinquantaine d’années avait encore une stature imposant le respect. Ses cheveux noirs étaient impeccablement coiffés et son costume gris était taillé sur mesure. Une voiture de police arriva enfin sirène hurlante et se gara juste devant lui. Un trentenaire brun de 30 ans en sortit et le rejoignit. L’inspecteur Florent Bergen, amoureux fou de son métier, avait vite monté les échelons. Son sérieux et son pragmatisme lui permettait de résoudre un grand nombre d’enquêtes et lui avait valu le respect de ses pairs. Il s’approcha du commissaire.

— Commissaire, vous m’avez fait demander ?

— J’ai besoin de vous sur une enquête.

Florent fronça les sourcils, la curiosité l’aiguillait déjà.

— De quoi s’agit-il ?

— La Banque Rouge a été braqué par un groupe de sept hommes et femmes. Ils ont tout vidé.

La stupeur écarquilla les yeux de l’inspecteur. C’était inimaginable. Il n’aurait jamais pensé que des bandits auraient eu le culot de braquer cette banque. C’était la mieux surveillée de la planète.

— Vous pouvez répéter ?

— Moi aussi, j’ai eu du mal à y croire, mais c’est pourtant bien réel. Tellement réel que l’un des banquiers a été tué.

Les deux hommes entrèrent dans la banque. Certains clients étaient assis et recevaient l’assistance de policiers ou de pompiers.

— Où est le corps ? demanda Bergen.

— Dans la salle des coffres, suivez-moi.

Ils prirent tout deux le chemin que Sergueï et Matt avaient emprunté précédemment et arrivèrent dans la salle. Policiers et scientifiques tournaient autour du corps, prenant des photos et examinant le cadavre. Ils s’écartèrent pour laisser passer les deux enquêteurs. Le médecin légiste s’approcha d’eux.

— Il a été tué d’une balle dans la tête. C’est le coup classique d’un hold-up qui tourne mal.

Bergen regardait le corps tout en réfléchissant.

— Comment ont-ils pu réussir leur coup ? Cette banque est la mieux gardée de la planète.

— Je ne me l’explique toujours pas. Les gardes avaient mystérieusement disparu et ne se rappellent de rien de ce qu’ils ont fait durant leur absence. L’alarme avait bien évidemment été coupée.

Florent soupira.

— Je suppose que nous n’avons aucune vidéo sur laquelle travailler.

Le commissaire sourit pour la première fois de leur entrevue.

— Étrangement, si. Malgré une caméra qui a rendu l’âme, mais qui a toujours sa bande vidéo, toutes les autres caméras ont été épargnées.

Incroyable ! pensa Florent. Ce braquage ne suivait aucun schéma classique. Il se demandait quelle autre surprise l’attendait.

— C’est étrange…

— Je ne vous le fais pas dire. Les vidéos ont commencé à être analysées à l’étage.

L’inspecteur observa la sortie. Il n’avait qu’une hâte, c’était de monter. Il sentait que cette affaire allait lui plaire.

— Je vais les rejoindre. Je vous tiendrai au courant.

— Je vous fais confiance.

Florent lui jeta un coup d’œil puis sortit du coffre pour rejoindre l’étage. Il monta les escaliers d’un pas rapide. La curiosité s’insinuait en lui ainsi que l’envie de résoudre cette enquête. Il arriva dans une petite salle remplie d’ordinateurs et d’écrans. Des policiers et techniciens étaient déjà en train de travailler sur les enregistrements vidéo. Florent salua ses collègues et se rapprocha d’un des écrans.

— Vous pouvez me repasser le déroulement du hold-up ?

— Tout de suite inspecteur.

Il rembobina la bande puis mit sur lecture. Florent regardait la scène, à l’affût du moindre détail. Soudain, il s’étonna :

— Ce sont des bas qu’ils portent ? !

Son collègue acquiesça.

— C’est inconscient, s’exclama Bergen, on va tout de suite les reconnaître !

— C’est bien parti pour. On a de bonnes images de leur visage, on les a déjà inséré dans le réseau de la police et des citoyens. On va les retrouver.

Florent acquiesça. Il continuait de regarder la bande en se grattant le menton.

— C’est illogique. Pourquoi des hommes assez intelligents pour mettre hors d’état de nuire tous les gardes ne cacheraient pas mieux leur visage et ne détruiraient pas les caméras ?

— Ils ont peut-être oublié ?

— Peu probable.

Un autre collègue arriva près d’eux, tenant des feuilles A4 en main. Florent se tourna vers lui.

— Ce sont nos hommes ?

L’homme acquiesça. Florent prit les feuilles et commença à regarder les photos qui y étaient imprimées. L’homme toussota.

— Mais il y a un problème.

Florent lui jeta un regard en coin, attendant la suite.

— On ne les a retrouvés nulle part, ni dans nos fichiers, ni dans ceux de la ville. À priori, ils n’ont jamais existé sur Mars.

Florent le regarda, ahuris, puis reporta son regard sur les photos.

— Qu’est-ce que c’est que ce merdier ?

…oooOOOooo…

 

Les Absinthes noires avaient retrouvé leur repère en milieu d’après-midi. L’excitation retombée, chacun avait vaqué à ses occupations. Sergueï s’occupait de placer une bonne partie de l’argent, discrètement, et d’acheter quelques meubles pour le loft. Lania, Jared et Acacia étaient on ne savait où, et Prisca et Enzo s’étaient enfermés dans la chambre de ce dernier, au grand énervement de Matt.

L’homme était dans le salon, observant sa sœur qui était assise face à lui. Sabine avait un sac de billets sur les genoux et ne cessait de les brasser en riant. Son bonheur lui faisait plaisir. Il voulait le meilleur pour elle. C’était sa petite sœur, la seule qui avait une place dans son cœur. Elle poussa un nouveau cri.

— Je n’arrive pas à y croire, on est riche !

Matt sourit.

— Tu ne regrettes plus de nous avoir rejoints maintenant, n’est-ce pas ?

Il en doutait parfois, et ça l’effrayait. Elle le rassura.

— Je n’ai jamais regretté, même si on a mis du temps avant de gagner autant de fric.

— C’est sûr que ce n’est pas avec nos abrutis de parents qu’on aurait pu avoir tout ça.

Sa sœur lui jeta un regard curieux.

— Tu leur en veux toujours ?

— Je ne les aime pas. Je ne les ai jamais aimés. Ils sont trop naïfs, jamais un pas de côté, toujours suivre le bon ordre, des moutons, c’est tout ce qu’ils sont.

Elle soupira.

— Je te trouve dur avec eux.

— Si c’était le cas, tu ne serais pas ici.

Ils se regardèrent avec attention, puis Sabine soupira à nouveau.

— C’est vrai mais…

Son frère l’observa, attendant la suite. Elle lui jeta un coup d’œil, gênée.

— Ils ne te manquent pas un peu parfois ?

— Tu sais, ça fait plus de 15 ans que je ne les ai pas vus et j’en suis très heureux.

— Cœur de pierre, va !…Tu n’aimes vraiment personne.

— Mis à part toi, non.

Elle lui fit un grand sourire.

— Merci.

Il lui rendit son sourire et lui ébouriffa les cheveux. Elle émit un petit rire mais dit :

— Arrête, ça ne te va pas de jouer les grands frères.

Il retira son bras.

Ils entendirent alors du bruit en provenance de la porte d’entrée. Acacia entra et les rejoignit en vitesse. Matt ne la sentait pas. Elle était trop… bleue. Il avait toujours détesté cette couleur. C’était une couleur envahissante qui s’emparait de tout si on n’y prenait pas garde. Et voilà qu’il délirait à propos d’une couleur. Rien que pour ça, elle était dangereuse. La Xaklan ouvrit la bouche.

— Où sont les autres ? J’aimerais vous parler.

— Ils sont répartis un peu partout, indiqua Sabine.

Acacia les regarda d’un œil agacé, puis cria à la cantonade.

— Ramenez-vous tous ! Il faut que je vous parle !

On entendit alors du mouvement dans le loft. Lania sortit de la cuisine, suivie de peu par Jared. Prisca et Enzo sortirent de la chambre de ce dernier, puis Sergueï sortit du bureau, un dossier à la main. Ils se rapprochèrent du canapé. Enzo grogna :

— Qu’est-ce que tu veux ? On était occupé.

— Ça je n’en doute pas.

Sergueï la fusilla du regard. Il n’aimait pas les libertés que cette nouvelle venue prenait.

— Alors ?

— D’abord, je voulais vous féliciter pour la mission d’aujourd’hui. Vous l’avez réussi avec brio.

Ils sourirent. L’extraterrestre reprit :

— Mais il y a du nouveau, l’inspecteur Bergen a été mis sur l’affaire.

Tous se regardèrent, interloqués. Ils avaient tous entendu parler de lui, c’était une légende dans la police, et tous les voyous se méfiaient de lui. Jared bredouilla :

— Bergen, l’inspecteur le plus tenace de la police martienne ?

Acacia acquiesça.

— Dans ce cas-là, on est foutu ! s’angoissa Sabine.

La Xaklan sourit machiavéliquement.

— Ne vous en faîtes pas, j’ai un plan pour lui, dit-elle en regardant Prisca avec insistance.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*