Le projet Isis – Chapitre 6

South Point – Lendemain – 10h

Jared remit ses lunettes légèrement teintées en sortant de son aéromobile. Il venait de changer d’apparence et avait maintenant les cheveux blonds coupés au ras et les yeux marron. Il portait un costume cravate dans les tons beiges.

Il regarda autour de lui. 21ème étage, étage des enfants abandonnés. Cela n’avait pas changé, les mêmes gosses affamés dans les rues, cherchant dans les poubelles de quoi subsister. Jared secoua la tête pour se remettre les idées en place. Il ne devait pas s’apitoyer. Lui aussi avait connu ça. La plupart de ceux vivant au deuxième étage l’avait connu.

Il se dirigea d’un pas décidé vers le bâtiment lui faisant face. « Orphelinat San Jose » était inscrit sur une plaque. Il entra. Une légère sonnerie retentit quand il poussa la porte. Il se retrouva dans un hall au haut plafond. Le parquet était ciré impeccablement, à la limite d’être glissant. À l’accueil, se tenait une femme d’une trentaine d’années, lisant nonchalamment un magazine. Jared s’approcha et toussota. Elle leva les yeux vers lui.

— Vous désirez ?

— Lieutenant Travis, dit-il en lui plaquant rapidement une plaque de police sous les yeux.

Elle était fausse, mais elle n’était pas censée le savoir. Il poursuivit.

— Je mène une enquête. J’aurais besoin d’information.

— Bien sûr. Que voulez-vous savoir ?

— J’aimerais parler au directeur. J’enquête sur l’un de vos pensionnaires présent il y a une vingtaine d’années. Je ne pense pas que vous ayez été là.

— Effectivement. J’appelle le directeur. Veuillez patienter.

Il acquiesça. La standardiste composa un numéro et échangea quelques mots avec le directeur. Après quelques instants, elle déclara :

— Il va vous recevoir. Suivez-moi.

Elle se leva et le conduisit à travers un certain nombre de couloirs. Il la suivit sans broncher bien qu’il connaissait le chemin par cœur. Ils arrivèrent bientôt devant une haute porte en chêne massif.

— C’est ici. Je vous laisse.

Il acquiesça. La standardiste s’éclipsa. Jared respira profondément et frappa à la porte. Une voix grave retentit :

— Entrez !

Jared frissonna. Il s’était soudain sentit comme quand il était enfant. Il secoua la tête. C’était ridicule. Il ouvrit la porte en grand et entra. Le directeur se leva et l’accueillit avec un sourire.

— Lieutenant Travis, je présume ?

Il lui tendit la main.

— Je suis M. Thomson. Bienvenue dans notre établissement.

Jared lui rendit son salut.

— Asseyez-vous, je vous en prie.

Jared s’exécuta. M. Thomson retourna derrière son bureau et s’assit à son tour.

— Alors, que puis-je pour vous ?

— Et bien, j’enquête sur Jared Davis. Il me semble savoir qu’il a résidé neuf ans chez vous.

— Vous êtes bien renseigné.

— C’est pour ça que l’on me paye.

Le directeur sourit.

— Si je me souviens bien, Jared a vécu ici depuis sa naissance jusqu’à ses 9 ans. C’était un garçon très sage et sérieux. Il a été adopté par un homme à son image.

— Je vois. Vous avez des informations sur ses origines ?

— Vous avez besoin également de ces informations ?

— Pourquoi croyez-vous que je sois là ?

— Très bien.

Il appuya sur un bouton et un écran en hologramme apparu, pendant que la surface du bureau se transformait en clavier tactile. Ce n’était pas la pointe de la technologie, l’orphelinat n’avait apparemment pas les moyens. Thomson commença à pianoter et ouvrit le dossier de Jared. Après quelques instants, il débuta son compte-rendu.

— Jared nous a été confié en 2199 par une femme de 34 ans.

— Sa mère ?

— Non. Peut-être la connaissait-elle, ce n’est pas indiqué. Elle a disparu aussitôt après nous l’avoir confié et nous ne l’avons plus jamais revu.

— Vous avez son nom ?

— Oui. Il s’agit de Melle Tatiana Smith.

Jared écrivit ce nom sur un morceau de papier qu’il inséra précieusement dans sa poche de chemise puis plongea à nouveau ses yeux dans ceux de Thomson.

— Et vous n’avez rien d’autre ?

— Non.

— Très bien. Merci.

— Je peux vous poser une question à mon tour ?

— Allez-y ?

— Pourquoi le recherchez-vous ? Il a fait une bêtise ?

— Il en a fait plusieurs, dit-il en se levant.

  1. Thomson se leva à son tour et se dirigea vers la porte qu’il ouvrit. Jared se dirigea vers la sortie.

— Je vous remercie pour cette entrevue.

— Ce fut un plaisir.

Ils se serrèrent la main, puis Jared s’éloigna. Un nom, il avait un nom. Le secret de ses origines n’était peut-être plus si insoluble que ça. Il sortit de l’orphelinat puis alluma une cigarette. Il s’étira. Cette entrevue l’avait quelque peu tendu, mais elle avait été bénéfique. Enzo avait raison, ce don qu’ils possédaient leur permettrait de faire bien des choses, y compris d’un point de vue personnel.

…oooOOOooo…

Loft des Absinthes noires – 12h45

Matt, Enzo et Prisca étaient assis sur le canapé. Les deux hommes regardaient la télé, pendant que Prisca était tranquillement allongée, les yeux fermés, mais sans dormir. Elle dit soudain :

— Cette télé va vous vriller le peu de neurones que vous avez. Depuis qu’on l’a, vous n’avez pas arrêtez de la regarder.

— Il faut bien qu’on rattrape toutes ces années sans elle, rétorqua Enzo.

Prisca ouvrit les yeux et le regarda. Il lui souriait. Elle leva les yeux au ciel.

— Irrécupérable !

— Ça ne t’empêche pas de passer tes nuits avec moi.

— Ne prends pas les trois dernières nuits pour une habitude.

C’est ça…

— Si vous pouviez m’épargner vos histoires de cul, ça m’arrangerait, leur lança Matt.

— Jaloux, répliqua Enzo.

Matt lui lança un regard haineux. Soudain, le téléphone portable spécialement dédié à Amy Barkin qui était sur la table basse se mit à sonner. Les trois amis le regardèrent.

— On dirait qu’il mort à l’hameçon, constata Matt.

Prisca acquiesça mais ne bougea pas. Le téléphone continuait à sonner.

— Qu’attends-tu pour répondre ? demanda Enzo.

Je le fais mariner un peu.

Elle attendit quelques secondes encore puis prit le téléphone et décrocha.

— Amy Barkin… Oh bonjour… Très bien, et vous ?

Les deux hommes l’écoutaient en souriant narquoisement. Ils se délectaient de la situation. Prisca continuait.

— Ce soir ? … Avec plaisir. À quelle heure ?… Très bien, je vous attendrai… Au lagon bleu à 20 heures, j’y serai… Au revoir.

Elle raccrocha puis sourit.

— C’est dans la poche.

— Quel naïf ! soupira Matt.

— Il n’est pas naïf, il a simplement à faire à plus fort que lui.

— C’est vrai qu’au niveau séduction tu es très forte.

— Chacun ses talents.

Elle se leva.

— Je vais me préparer.

— Tu as encore le temps, l’interrompit Enzo en lui attrapant la main.

Je voulais dire que j’allais me préparer pour la mission, précisa-t-elle en se dégageant.

Elle s’éloigna sous le regard amusé d’Enzo. Il détourna son regard et se rendit compte que Matt le fixait attentivement.

— Quoi ?

— Tu ne crois pas que tu en fais trop ?

— Comment ça ?

— Avec Prisca. Elle n’est pas ta propriété.

— Prisca ? Être la propriété de quelqu’un ? Je le sais très bien, elle est libre comme l’air. Si tu as des problèmes avec elle, ça ne vient pas de moi. Je ne suis aucunement un obstacle entre vous.

Matt continua à le fixer sans répondre.

…oooOOOooo…

Lagon bleu – 20h40

Prisca, en l’apparence d’Amy, attendait à une table. Elle commençait à s’impatienter. Cela faisait quarante minutes qu’elle poireautait. Elle n’avait jamais vu ça ! C’était la première fois qu’on lui posait un lapin et ça commençait à l’énerver. Elle tapait nerveusement son pied contre celui de la table. Le serveur revint la voir pour la énième fois.

— Mademoiselle ? Vous désirez commander ?

Elle répondit entre ses dents.

— Pas pour le moment.

Le serveur s’éloigna en lui lançant un regard désolé. Prisca rageait intérieurement. Elle n’aurait pas dû croire sa victoire acquise. Elle regarda à nouveau sa montre : 20h45. Bon, cela suffisait. Elle se cassait. Elle se leva et remit son châle en soie sur ses épaules. Elle entendit soudain une voix derrière elle :

— Amy ! Attendez !

Elle se retourna et vit Bergen arriver à sa hauteur. Elle lui lança un regard noir.

— Vous êtes en retard.

— Je suis désolé, croyez-moi. J’ai été retenu au commissariat par une affaire.

Prisca esquissa un pas pour sortir. Florent la retint par le bras.

— Restez, je vous en prie. Donnez-moi la chance de me faire pardonner.

Elle plongea son regard dans le sien. Il l’implorait. Après quelques instants de fausse réflexion, Prisca acquiesça. Il lui sourit, puis lui éloigna sa chaise pour la faire s’asseoir.

— Merci.

Il s’assit à son tour.

— Vous voulez boire quelque chose ?

— Avec plaisir, répondit-elle.

Ils passèrent commande auprès du serveur.

Vous avez passé une bonne journée ? s’enquit-il.

— Assez agréable, mais j’ai eu beaucoup de travail, les traversées vers la Terre sont nombreuses en ce moment.

— Le congrès interplanétaire sur l’énergie attire beaucoup de monde.

— Effectivement. Et vous, qu’avez-vous fait ?

— La routine habituelle : enquête de routine, arrestations de suspect, interrogatoires…

Prisca serra les dents.

— Vous parlez de ça de manière plutôt détachée.

— L’habitude.

— Mais vous aimez votre travail ?

— Oui, je me sens utile. J’aime protéger mes concitoyens.

Prisca fit un faux sourire.

— Et que faîtes-vous dans vos temps libres ?

Le serveur les interrompit en leur portant leur verre. Florent but une gorgée du liquide ambré avant de répondre.

— Et bien, j’avoue que je n’ai pas beaucoup de temps libres.

— Oh…

Mais jusque-là, je n’avais aucune raison d’en prendre, dit-il en fixant intensément Amy.

Elle rougit et articula un faible « merci ». Il lui sourit.

— Je ne voulais pas vous gêner, mais vous me plaisez. J’aimerais apprendre à vous connaître.

— Nous sommes là pour ça, dit-elle en lui rendant son sourire.

Ils restèrent quelques instants à se regarder droit dans les yeux et à se sourire, jusqu’à ce que la voix du serveur ne les interrompe :

— Messieurs dames, vous avez choisi ?

Prisca et Florent semblèrent revenir à la réalité. Florent bafouilla :

— Euh… Moi oui. Et vous, Amy ?

— Oui, je vais prendre une moussaka.

Très bon choix. Et vous monsieur ?

— Une côte d’agneau.

— Très bien, je vous prépare ça tout de suite.

Il s’éloigna. Florent reporta son regard vers Amy.

— Et vous, que faîtes-vous quand vous ne travaillez pas ?

« Je sors en boîte et couche avec tous les hommes qui me plaisent. » pensa Prisca. Elle se demandait comment Bergen aurait réagi si elle avait répondu ça, mais ça ne faisait pas partie du plan. Elle répondit :

— Oh, j’ai des loisirs très habituels : cinéma, musées, natation…

— Je vois…

Il s’était accoudé et avait le visage dans sa main, fixant Prisca d’un air rêveur. Elle baissa les yeux, faussement gênée.

— Arrêtez de me regarder comme ça, ça me gêne.

Florent se redressa.

— Excusez-moi.

Elle lui sourit. Ils continuèrent à discuter.

…oooOOOooo…

Discothèque Le Cyclope – 21h45

Sabine et Lania étaient assises au comptoir de cette discothèque miteuse du deuxième étage. La musique techno résonnait et faisait mettre en transe les danseurs qui se trémoussaient sur la piste. Lania portait un dos nu et une minijupe et sirotait tranquillement sa tequila avec une paille. Elle regardait autour d’elle, s’attardant sur chaque homme que son regard croisait. Sabine avait une attitude radicalement différente. Elle était entièrement vêtue de noir et une chemise recouvrait ses bras. Elle fixait le comptoir et son verre d’un air maussade. Elle soupira :

— Je me demande encore pourquoi j’ai accepté de venir.

— Épargne-moi tes plaintes et profite un peu de la vie.

Sabine lui jeta un coup d’œil ironique.

— J’adore tes conseils. Je me demande ce que serait ma vie sans toi.

— Tu vivrais seule à l’écart de tout et de tout le monde, seulement en tête-à-tête avec ton ordinateur.

— Très drôle.

Lania lui fit un sourire moqueur.

— Arrête de regarder ton verre. Je t’assure qu’il y a bien plus intéressant dans la salle.

Sabine soupira profondément, puis se retourna à contre cœur vers la salle. Lania lui lança :

— Souris un peu.

— Ne m’en demande pas trop.

Un homme d’une trentaine d’années passa devant eux et lança un regard appuyé à Lania. Elle lui fit un sourire aguicheur. Sabine la regarda d’un air dégoûté.

— Tu ne crois pas que tu en fais trop ?

— Tu ne crois pas que tu n’en fais pas assez ?

Sabine leva les yeux au ciel en disant :

— Franchement, ton attitude me donne envie de vomir.

— Et toi, tu es beaucoup trop renfermée.

— J’aime vivre comme ça.

Lania ne répondit pas tout de suite, continuant à fixer la piste, puis se retourna d’un air étonné vers Sabine.

— Ôte moi d’un doute, tu n’es pas encore vierge ?

— Bien sûr que non ! Malgré ce que tu peux penser, j’ai une vie.

— Ah… Qu’est-ce que tu vas faire toi, maintenant ?

Sabine la regarda d’un air surpris.

— Comment ça ?

— Enzo, Prisca, Jared… Ils utilisent tous leur nouveau don dans un but précis. Tu veux en faire quelque chose, toi ?

Le regard de Sabine s’assombrit quelque peu.

— J’y ai à peine réfléchi, mais il est possible que j’en fasse quelque chose, oui.

— Et quoi ?

Elle ne répondit pas.

— C’est un secret, c’est ça ?

L’adolescente soupira.

— Tu es trop mystérieuse.

— Et toi trop curieuse.

…oooOOOooo…

Lagon bleu – 22h45

Prisca et Florent finissaient leur repas tranquillement. Ils avaient discutés de choses et d’autres. Prisca lui avait débité tous les mensonges qu’ils avaient inventés auparavant et Bergen était radicalement tombé dans le piège.

— Ce dîner est excellent. Merci beaucoup.

Il lui sourit.

— Je suis ravi de passer la soirée avec vous.

Elle lui rendit son sourire chaleureusement. Il se leva alors.

— Si vous voulez m’excuser, je n’en ai pas pour longtemps.

Elle hocha la tête. Bergen s’éloigna. Prisca attendit qu’il soit sorti de la salle pour s’étirer les épaules. Elle n’avait jamais connu de soirées plus ennuyeuses. Quel ringard ! La seule chose qui l’amusait, c’était de jouer avec lui. Elle sourit, le regard dans le vague. Elle entendit soudain un toussotement. Elle releva les yeux et vit Bergen. Il tenait un panier dans lequel se tenait une cinquantaine de roses rouges. Prisca le regarda d’un air ahuri. Il sourit.

— C’est pour vous, pour me faire pardonner mon retard.

Il lui donna le panier.

— C’est trop aimable, il ne fallait pas.

— Je vous en prie, ça me fait plaisir.

Il se rassit en face d’elle. Il fronça les sourcils quand il vit l’air surpris qu’affichait toujours la jeune femme.

— Elles vous plaisent au moins ?

— Oui, bien sûr, c’est juste que je n’y suis pas habituée.

— Je pensais qu’une femme aussi belle que vous devait crouler sous les fleurs et les invitations à dîner.

— Pas tant que ça.

— Alors, j’ai de la chance.

Le serveur les interrompit.

— Voici la note, monsieur.

— Merci.

Florent sortit son portefeuille et paya aussitôt. Le serveur déclara.

— Si je peux me permettre monsieur, d’autres clients attendent la table.

— Oui, bien sûr. Merci.

À ces mots, Prisca se leva et mit son châle sur ses épaules. Florent se leva à son tour. Tous deux se dirigèrent vers la sortie. Ils s’interrompirent devant la devanture des restaurants, près des rampes d’accès. Florent plongea son regard dans celui de Prisca.

— Comment êtes-vous venue ?

— J’ai pris un taxi.

— J’ai ma voiture, je peux vous raccompagner ?

Elle fit un sourire timide.

— J’en serai enchantée.

Il sourit à son tour.

— Très bien, suivez-moi.

Il la conduisit sur la rampe d’accès vers une aéromobile bleu nuit. Il ouvrit la portière et tous deux s’installèrent. Florent démarra. Prisca le conduisit vers son nouvel appartement. Un silence tendu s’était quelque peu installé. Ils arrivèrent bientôt au 62° étage. Florent se gara. Prisca se tourna vers lui.

— Merci pour cette soirée, c’était formidable.

Elle ouvrit la portière et sortit. Elle resta debout un instant, tapotant de ses doigts sur la portière. Florent la dévorait des yeux. Elle releva soudain ses yeux vers lui.

— Vous… vous voulez monter ?

Il sourit.

— J’attendais que vous me le proposiez.

Il sortit à son tour et suivit Prisca. Ils entrèrent peu après dans l’appartement de 60 m². L’appartement était décoré dans les tons clairs et dans un style épuré. Prisca n’en revenait pas d’avoir une telle surface pour elle seule. Enfin, ici, elle ne pouvait qu’être Amy, et personne d’autre. Elle était venue dans l’après-midi pour prendre ses repères, et se mouvait maintenant dans l’appartement comme si elle y avait toujours vécu. Elle alluma les lumières et invita Bergen au salon.

— Vous voulez boire quelque chose ?

Il répondit avec empressement.

— Oui, une vodka, si vous en avez.

Elle sourit.

— Oui. Installez-vous, je vais chercher ça.

Elle se dirigea vers la cuisine pendant qu’il s’installait sur le canapé. Elle ouvrit le placard d’alcool. Il était rempli à ras bord. Elle sourit méchamment, ils avaient tout prévue. Elle remplit un verre de vodka, puis un verre d’eau pour elle. Elle ne devait pas perdre la tête, ils étaient près du but.

Elle revint vers le salon en portant les deux verres.

— Voilà.

Elle lui tendit son verre et s’assit à ses côtés. Florent la regarda. Il se sentait maintenant un peu gêné d’être là. Il regarda son verre. Prisca proposa :

— On trinque ?

— À notre rencontre ! Dit-il en souriant.

Ils firent s’entrechoquer leur verre et burent le liquide cul sec. Florent fit la grimace.

— La force de ce breuvage m’étonnera toujours.

Prisca s’esclaffa puis plongea son regard dans le sien. Il se sentit littéralement envoûté par son regard. Il approcha ses lèvres des siennes et après un moment d’hésitation, l’embrassa. Elle ne le repoussa pas. De tendre et hésitant, le baiser devint vite passionné. Florent passa son bras droit autour de la taille de Prisca et l’attira plus près de lui. Elle glissa son bras autour de son cou. Ils continuèrent à s’embrasser. L’ambiance devenait torride. Florent fit glisser ses lèvres dans la nuque de Prisca pendant qu’elle lui caressait les cheveux. Il la fit s’allonger et glissa la main sous son débardeur. Il remonta jusqu’à sa poitrine qu’il commença à caresser. Elle entreprit de lui retirer sa chemise. Il fit de même avec son débardeur. Ce morceau de tissu commençait à l’agacer. Il reprit possession de ses lèvres dans un long baiser enfiévré. Il fit glisser sa main le long de sa taille, savourant le contact de sa peau douce et chaude. Il se redressa soudainement et la regarda droit dans les yeux.

— Vous êtes sûre de vouloir ?

Pour unique réponse, elle l’embrassa passionnément. Ce baiser embrasa à nouveau l’inspecteur qui se fit plus entreprenant. Sa main caressa sa poitrine, puis descendit le long de sa taille et de sa cuisse.  Il la fit glisser sous sa jupe et remonta doucement vers sa culotte en dentelle, effleurant à peine sa peau. Il passa facilement sous le tissu et commença à la caresser. Prisca émit un gémissement. Florent reprit ses baisers avec effusion, embrassant le lobe de ses oreilles, sa nuque. Prisca l’attisait en lui caressant sensuellement le dos et les fesses. Elle glissa sa main vers sa ceinture qu’elle commença à défaire, puis déboutonna son pantalon. Il en profita pour lui retirer sa culotte puis l’aida à enlever son pantalon tout en continuant ses baisers. Il se rallongea ensuite sur elle et reprit possession de ses lèvres en un baiser long et profond.  Elle profita de ce baiser pour lui retirer son caleçon. Il cessa de l’embrasser et posa son regard dans ses yeux remplis de désir. Il la regarda un instant puis s’introduit en elle. Il commença à aller et venir, doucement, puis plus rapidement avec le désir qui l’emportait.

Prisca avait appris à simuler depuis le temps et ses nombreuses conquêtes, cette fois-là n’échappa pas à la règle. Elle feignit l’orgasme au même moment où Bergen l’atteignait. Ce dernier se laissa tomber sur son corps, nichant son visage au creux de son épaule. Prisca souriait. Elle le tenait.

…oooOOOooo…

North Point – 102ème étage – 23h25

Après une journée longue et fastidieuse, Nicolas Carey rentrait enfin chez lui. C’était crevant, mais il aimait son travail. Ce n’était pas donné à tout le monde d’être le bras droit du président martien. Bien entendu, cela lui avait fait faire quelques concessions. À 33 ans, ce jeune homme brun n’avait aucune vie de famille, et aucun ami. Il faisait son bout de chemin en solitaire, entièrement dévoué à sa carrière.

Il se gara tranquillement à sa place attitrée, puis sortit de sa voiture. Il s’étira, une bonne nuit de sommeil ne lui ferait pas de mal. Il verrouilla son aéromobile et prit tranquillement le chemin de son appartement. Il entra et enleva son manteau sans allumer la lumière. Il se dirigea ensuite vers la cuisine et se servit un verre d’eau. Il le but sereinement en repensant aux affaires de la journée. Elles avaient été d’un ennui mortel : conférences sur conférences sur les dangers de la pollution. Il sourit cyniquement. Et dire que certains croyaient encore faire bouger les choses ! Cela faisait 300 ans que la pollution existait, et les hommes n’avaient toujours pas compris. Il posa son verre d’eau sur la table et se dirigea vers le salon. Il sursauta quand il vit la silhouette d’un homme assis sur le canapé. Il cria :

— Qui êtes-vous ?

Il crut distinguer que l’homme souriait.

— Moi ? Je suis l’homme qui va prendre votre place.

Nicolas n’eut pas le temps de poser une seule question que l’homme l’abattit froidement d’une balle en pleine tête. Puis l’homme sourit et se rapprocha du cadavre. Son sourire s’agrandit pendant qu’il lui jetait un regard froid.

— J’espère que vous ne m’en voulez pas trop de prendre votre identité, dit Enzo tout en se transformant.

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