Le projet Isis – Chapitre 17

Chambre d’Enzo

Allongés côte à côte, Enzo et Prisca fumaient chacun une cigarette en fixant le plafond. Le bruit de leurs ébats avait fait place au silence de l’aube. Tous deux étaient perdus dans leurs pensées. Prisca songeait à cette garce de Nadia Tylo et envisageait les différents moyens qu’elle pourrait mettre en œuvre pour la faire payer. En filigrane se superposait la soirée qu’elle devait passer avec Florent, ce qui ne l’enchantait guère. Enzo réfléchissait à son licenciement et s’interrogeait sur ce que savait au juste le président.

— Tu crois que cet enfoiré de président sait tout ? demanda-t-il subitement.

Prisca se retourna lentement vers lui ; sa question l’avait brusquement tiré de ses pensées. Elle prit le temps de réfléchir avant de répondre :

— Ce serait étonnant. Il n’avait aucun moyen de le découvrir… À moins qu’ils aient découvert le corps du vrai Nicolas Carey.

— Aucun risque, je m’en suis débarrassé

— Si le président était au courant de quelque chose, les flics auraient débarqués ici depuis longtemps.

— Pas faux… On va avoir beaucoup plus de mal à faire échouer le projet Isis maintenant… soupira-t-il. Cette Nadia est une vraie hydre. Tu lui coupes une tête, trois autres apparaissent.

— C’est une chienne, fit Prisca sombrement.

— Pourquoi ai-je l’impression que cette affaire devient personnelle ?

— Elle l’a toujours été.

— Il y a eu un changement en toi depuis que tu as vu la dirigeante de Biogénic.

La jeune femme ne répondit pas et reporta son attention sur le plafond. Son regard se durcit. Son attitude ne fit en rien renoncer Enzo.

— Ça a un rapport avec la mort de ta mère, c’est ça ?

— N’insiste pas.

Enzo roula alors sur lui-même pour se coucher sur elle et plonger son regard dans ses yeux bleus glacials.

— Tu n’étais pas si froide tout à l’heure.

— Tu es bien placé pour savoir que j’ai toujours détesté les confidences sur l’oreiller.

— Il est vrai que ta langue a des utilités plus intéressantes, dit-il avant de l’embrasser fougueusement.

Il s’arrêta et se redressa légèrement.

— Mais je ne lâcherai pas l’affaire. Dis-moi.

Elle s’entêta dans son mutisme.

— Priss’… Tu sais que je déteste Nadia sûrement autant que toi, tu peux tout me balancer sur elle.

— Elle a tué ma mère, lâcha la jeune femme pour enfin avoir la paix.

— Ce n’est pas Dixer ?

— Dixer commanditait, Nadia a agi.

— C’est donc elle la femme rousse que tu distinguais dans tes cauchemars.

— Oui, je l’ai su dès que je l’ai vu.

Il acquiesça tout en réfléchissant.

— Qu’est-ce que tu vas faire ?

— La tuer. Je ne sais pas encore comment, mais je ne vais pas faire tarder cette affaire.

— Méfie-toi, elle est plus maligne qu’elle n’y paraît.

— Si je la tue, ça m’étonnerait que le projet Isis aille plus loin.

— Tu as tout mon soutien.

Elle lui fit un sourire enjôleur avant de l’embrasser avec ardeur.

…oooOOOooo…

Jared n’aurait jamais dû accepter de déjeuner avec lui. À quoi pensait-il ? Il n’avait aucune intention de renouer les liens avec cet homme. Il aurait dû se contenter de la mission. Face à lui, Danny mangeait avec peu d’enthousiasme ce que sur Mars on appelait un poisson.

— J’avais oublié que la nourriture était si mauvaise sur cette planète.

Jared ne put retenir un léger soupir.

— Il ne fallait pas te sentir obligé de m’inviter.

— Avec ou sans toi, la bouffe aurait été la même. Et je ne peux pas me retenir de manger jusqu’à mon retour sur Terre.

— Qui aura lieu ?

— Directement après la mission, si nous réussissons.

— Tu m’as déjà vu échouer ?

Danny esquissa un léger sourire fier.

— Non, mais je n’ai pas suivi tous tes faits et gestes des huit dernières années.

La mâchoire du jeune homme se contracta. Il ne pensait pas que revoir un proche, ou quelqu’un qui l’avait été, puisse amener en lui deux sentiments contradictoires. La rancœur d’avoir été abandonné une seconde fois, mais aussi une joie et une curiosité incompréhensibles se disputaient son cœur. Son père adoptif demanda soudain :

— Alors, qu’as-tu fais ces dernières années ?

— Mars n’a pas changé ; ma vie non plus. Raconte-moi plutôt la Terre. Est-ce aussi merveilleux qu’on le raconte ? s’enquit Jared.

Il n’avait aucune intention de lui parler des Absinthes noires, d’Acacia et de son don. Trop dangereux. Il était peut-être heureux de le voir, mais il ne lui avait pas accordé de nouveau sa confiance.

— La Terre… C’est beaucoup mieux qu’ici. Mais ce n’est pas encore le paradis. Certes, l’air est pur, l’eau existe, la nature rayonne, les Hommes sont heureux. Mais l’essence de l’homme n’a pas changé. La cupidité, et par conséquent notre métier, a toujours existé et existera toujours.

— Depuis quand es-tu devenu philosophe ?

Le regard de Danny se fit plus dur alors qu’il le plongeait dans le sien, signe qu’il devenait sérieux.

— Écoute Jared, tu peux partir sur Terre pour une vie meilleure, tu la trouveras. Mais tu seras toujours un assassin. On ne peut pas changer ça. Et notre métier là-bas est beaucoup plus risqué. Il y a moins de meurtres, donc quand ça arrive, c’est beaucoup plus remarqué. Il faut être un caméléon si tu veux espérer vivre sereinement là-bas.

Le jeune homme fit un sourire en coin.

— Ça, ça ne devrait pas poser de problèmes.

Le mercenaire soupira.

— Encore une fois, tu n’écoutes pas. Je me demande si je t’ai appris ne serait-ce qu’une seule chose.

— Tu m’as appris le métier, et je suis le meilleur, fit Jared sincèrement.

Danny acquiesça, le regard pétillant.

— Le meilleur après moi, petit.

Les deux hommes échangèrent un regard de connivence.

…oooOOOooo…

Matt attrapa sa veste en cuir qui était posé sur le guéridon de l’entrée et s’apprêta à sortir quand il sentit une main le retenir par l’épaule.

— Où tu vas ? demanda Enzo.

— Occupe-toi de ton cul, riposta Matt en se dégageant d’une bourrade.

— Mon cul va très bien, merci.

Il l’empêcha à nouveau de partir en lui attrapant le bras. Comprenant que son camarade ne le laisserait pas en paix, Matt se dégagea à nouveau et lui fit face. Il valait mieux pour lui qu’il n’en ait pas pour longtemps.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Tu as quelque chose de prévu cet après-midi ?

— Est-ce que tu as réalisé que tu viens de m’empêcher de sortir ? En général, quand je sors d’ici, c’est pour faire quelque chose.

Enzo fit un sourire amusé

— Quel agenda de ministre ! Et c’est important ?

Matt ne répondit pas immédiatement. Était-ce important d’aller tous les jours à l’endroit où Sabine avait sauté ? Était-ce important de rester des heures sur ce banc à remuer toute cette merde ? Ça ne lui faisait que du mal, ça le tuait à petit feu ; et pourtant, il ne pouvait s’en empêcher.

— C’est important pour moi.

— Tu comptes emporter ce fichu banc quand nous irons sur Terre ? fit sombrement Enzo.

Matt le regarda avec surprise.

— Depuis quand sais-tu lire dans les pensées ?

— Pas besoin d’être médium pour savoir ce que tu fais de tes journées.

Son ami serra les mâchoires.

— Bon, finissons-en. Qu’est-ce que tu me proposes ?

— J’ai besoin de quelqu’un pour aller espionner chez Biogénic pendant que je m’infiltre au palais présidentiel.

— Et dans quel but ?

— Je veux comprendre pourquoi Lewis m’a viré. Et je suis quasiment certain que Nadia et ce gentil toutou de Jim sont dans le coup.

— Et tu n’as pas trouvé un autre couillon pour te rendre ce service ?

— Tu es le seul que je connais.

Énervé, Matt tourna les talons.

— Trouves-en un autre.

Il ouvrit la porte.

— Si tu acceptes cette mission, Prisca te sera très reconnaissante.

Matt serra les poings et referma la porte pour faire de nouveau face à Enzo.

— Ne te sers pas d’elle.

Enzo fit un sourire en coin.

— Même si je le voulais, je serai incapable de me servir d’elle. Elle est trop maligne, et trop sujette à ses pulsions. Sa haine pour Biogénic, tu la connais autant que moi. Si tu ne veux pas me rendre ce service, fais-le pour elle.

— Je ne vois pas pourquoi je l’aiderai plus que toi.

— Parce que tu es raide dingue d’elle.

— Ne dis pas de connerie. De toutes manières, elle n’a d’yeux que pour toi.

Enzo éclata de rire.

— Comme si j’étais son seul homme. Il y a longtemps que j’ai appris à partager.

— Tu as eu ta chance avec elle. Tu devrais arrêter de la coller.

— Eh mec, je n’y peux rien si elle refuse tes avances. Ce n’est pas pour autant que je vais refuser les siennes.

— Et pourquoi pas ?

— Tu crois peut-être que ça changerait son attitude envers toi ? Et puis quoi encore ? Tu veux qu’on la joue aux cartes ?

Matt se rapprocha de lui et répéta, une lueur de défi dans le regard.

— Et pourquoi pas ?

— Seulement si tu me rends service.

Il réfléchit quelques instants.

— Marché conclu.

…oooOOOooo…

Florent observa avec minutie la devanture de la bijouterie. Personne n’aurait pu dire qu’elle avait été cambriolée deux mois plus tôt. Les parois ne souffraient aucun dégât et le stock à l’intérieur du magasin semblait complet et brillait de mille feux. Et pourtant, Florent avait lu le rapport de police. L’alarme silencieuse s’était déclenchée à 2h11 AM, mais quand la patrouille était arrivée un quart d’heure plus tard, elle n’avait trouvé personne. La bijouterie était vide, toute la marchandise avait été volée, ainsi qu’un joyau de grande valeur. On pouvait classée cette affaire dans la catégorie « inexpliquée ». Cette catégorie n’arrêtait pas de prendre de l’ampleur ces derniers temps, et ça commençait sérieusement à attaquer les nerfs de l’inspecteur. Il pénétra à l’intérieur du magasin. Le vendeur s’approcha de lui.

— Je peux vous renseigner, monsieur ?

Florent se contenta de lui montrer sa plaque et s’approcha de Swift, qui depuis la matinée, étudiait le système informatique pour comprendre comment ce cambriolage avait été possible.

— Alors, vous avez du nouveau ?

— Plus ou moins.

— Expliquez-vous.

— Et bien, heureusement le système a un historique très puissant de toutes les actions qui ont été menées. J’ai pu faire une chronologie des évènements.

— C’est une bonne nouvelle.

— Oui inspecteur. Mais même si j’ai trouvé les faits, je ne suis pas en mesure de les expliquer.

— Commencez par me dire ce que vous avez appris, nous verrons le reste plus tard.

— C’est parti. On note une première infiltration dans le système à 1h30. Sûrement notre bande de cambrioleur. Les portes et les systèmes de sécurité s’ouvrent alors leur permettant de commencer leur pillage. À 2h10, on note une deuxième infiltration dans le système, que je ne peux malheureusement pas identifiée. Quoiqu’il en soit, Cette deuxième personne remet en marche le système de sécurité sans rebrancher les caméras. C’est pour cette raison que l’alarme silencieuse se déclenche, ainsi que la cage de verre. Je n’ai aucun moyen de savoir ce qu’il s’est passé les dix minutes suivantes, mais à 2h22, la cage de verre s’est relevée.

— Ce qui explique pourquoi la patrouille n’a rien trouvé.

Florent soupira et se prit la tête dans ses mains. Mais dans quelle affaire était-il tombé ? Il pensait tenir une piste, mais il ne découvrait encore qu’un nid d’embrouilles, qu’il ne savait pas encore comment démêler.

— Ce n’est pas vrai ! Quelle poisse ! s’exclama-t-il en donnant un coup de pied dans le comptoir.

Le vendeur s’offusqua.

— Inspecteur ! Je vous demanderai de vous calmer tant que vous êtes dans mon établissement. !

— Excusez-moi.

Swift observa son supérieur quelques instants.

— Il a raison. Un peu de repos vous permettrait de réfléchir posément et peut-être trouver des solutions auxquels vous n’avez pas pensé.

— Oui, maman.

Il soupira avant de déclarer.

— Vous avez raison, j’ai besoin d’une pause. Continuez tout de même à analyser ce système, ordonna-t-il tout en observant les bijoux dans la devanture.

…oooOOOooo…

Frogeden – 16h25

Jared était posté dans un recoin sombre et désert du 32ème étage. Il avait une vue plongeante sur le terre-plein piétonnier de l’étage inférieur sur lequel sa cible devait passer. Danny attendait en face de lui. Ils ne pourraient pas le rater.

Jared soupira. Il ne comprenait toujours pas pourquoi il avait accepté que Lania fasse partie du plan. Quand il en avait demandé la raison à son père adoptif, il avait simplement répondu qu’il fallait qu’elle apprenne.

C’est pour cela qu’elle attendait sur le terre-plein, aussi aguicheuse que d’habitude. Elle devait interpeller et arrêter Harold, le temps que lui et son père fasse le boulot.

Le quartier était quasiment désert, le job passerait inaperçu. Le jeune homme soupira à nouveau. Pourquoi s’être encombré de cette gamine ? Il aurait très bien pu s’occuper de cette mission seul. La voix de Danny résonna dans son oreillette.

— Il arrive. Prépare-toi.

Il reporta son attention vers l’endroit par lequel la cible devait arriver et fixa son regard sur le viseur. Le Xaklan marchait d’une façon nonchalante mais cependant sûr de lui. Ça devait être une attitude commune à tous les Xaklans, pensa Jared. Bon, il était temps maintenant pour Lania d’entrer en action.

Lania attendait adossée au mur. L’adrénaline coulait dans ses veines. C’était la première fois qu’elle jouait la comédie pour une mission, ce rôle revenant habituellement à Prisca. Elle sentait déjà qu’elle allait adorer. Elle ne pouvait se permettre d’échouer. Danny lui avait accordé sa chance, elle ne voulait pas le décevoir. Son aura de sombre autorité l’attirait, tout comme celle de Sergueï. Mais Danny au moins avait accepté ses avances.

Sa micro oreillette crépita.

— C’est à ton tour.

Elle sourit et aperçut le Xaklan arriver au loin. Elle commença à claudiquer vers lui. Arrivée à sa hauteur, elle se lamenta.

— Monsieur, excusez-moi, je crois que je me suis cassée la cheville. Vous voulez bien m’aider ?

Harold s’arrêta.

— Que fais une jeune fille comme vous dans un endroit pareil ?

— L’aérobus est tombé en panne à quelques rues d’ici. Je vous en prie, ne me laissez pas toute seule ici ! s’angoissa Lania.

Le Xaklan la regarda d’un air compatissant.

— Très bien. Je vais d’abord examiner votre cheville et après je vous conduirai à l’hôpital, ça vous va ?

Elle acquiesça. Il s’accroupit alors mais n’eut le temps d’observer le pied de Lania qu’une balle lui traversait le crâne. Il s’écroula au sol, un filet de sang tâchant le bitume. La jeune fille fit une petite moue. Ça avait été rapide, elle avait espéré s’amuser plus.

…oooOOOooo…

Station aérospatiale – 18 h

Jared et Lania observait le départ des navettes par la grande baie vitrée. Danny venait de décoller vers la Terre. Il leur manquait déjà, même s’ils ne voulaient pas se l’avouer.

— Il est parti aussi vite qu’il est arrivé, commenta Lania.

— C’est une habitude chez lui. Il arrive toujours quand on ne s’y attend pas, et repart toujours quand on ne le veut pas.

— Ça ne t’a pas fait plaisir de le revoir ? s’intéressa la jeune fille.

— Si, un peu, admit-il. Il m’a aidé à y voir plus clair.

— Oui, moi aussi. Tu crois qu’on le reverra ?

— Probable qu’on le recroise quand on sera sur Terre.

— Ça me plairait. Il était sympa, sourit-elle. C’est un homme intéressant, il me fait penser à Sergueï.

— Ce sont tous les deux des hommes qui ont beaucoup à nous apprendre. Si seulement tu savais écouter… ajouta-t-il avant de tourner les talons et de s’éloigner.

Lania resta quelques minutes à observer l’espace qui s’étendait sous son regard, réfléchissant à la remarque de Jared. Il ne lui faisait pas confiance, elle le savait. Il la prenait pour une gamine écervelée. Peut-être l’était-elle après tout ? Non, elle savait bien que non, mais c’est l’image qu’elle renvoyait pourtant. Peut-être était-ce à elle de faire des efforts ?

Elle s’éloigna à son tour et prit le chemin du loft.

…oooOOOooo…

Prisca en Amy patientait le temps que Florent n’arrive. Elle avait l’impression que l’attente était devenue une habitude ces derniers temps. Attendre Florent, attendre que quelque chose bouscule sa vie, attendre que Sergueï ne décide de rentrer sur Terre. Il fallait qu’elle change cet état de fait. Elle était plus que lasse de ne pas agir. Elle passa son doigt sur le rebord du verre, masquant du mieux qu’elle le pouvait son agacement. Florent l’avait invité dans un restaurant chic cette fois. Évidemment, ça ne l’empêchait pas d’être en retard. Elle le vit soudainement arriver. Un large sourire s’épanouit sur son visage quand il l’aperçut. Il s’approcha et l’embrassa tendrement avant de s’asseoir en face d’elle.

— Je suis vraiment désolé d’être en retard. J’ai eu un peu de mal à choisir.

— Choisir ta tenue ? s’étonna Prisca.

Il portait un costume comme il en portait à chaque fois qu’ils sortaient.

— Plus ou moins. Ta robe est magnifique.

— Merci, sourit-elle.

Elle avait sorti le grand jeu ce soir-là. Longue robe noire indémodable à fine bretelle, fendue jusqu’au milieu de la cuisse.

— Tu as décidé ce que tu voulais manger ? s’enquit Florent en plongeant son attention sur la carte.

— Je me ferai bien un inspecteur en dessert, lâcha Prisca.

Il releva un regard surpris mais excité vers elle.

— Amy, moins fort, on pourrait t’entendre.

Mais il ne put s’empêcher de lui faire un clin d’œil. Prisca sentit un frisson d’adrénaline courir son échine. Le jeu semblait reprendre de l’intérêt. D’accord, elle avait lâché une phrase qu’Amy n’aurait jamais dit en temps normal, mais ça n’avait pas eu l’air de lui déplaire.

— Sérieusement, reprit Florent, que veux-tu prendre ?

— Un émincé de volaille sur lit de cresson.

Il lui lança un regard brûlant.

— Amy, arrête.

— C’est vraiment au menu, se justifia-t-elle.

Il vérifia ses dires.

— Très bien. Pour ma part, je vais prendre… une brochette de gambas, non, ça va me salir les mains… Disons plutôt un gratin xaklan.

Ils passèrent rapidement commande auprès du serveur. Prisca plongea son regard dans celui de Bergen pour ne plus le lâcher. Elle avait vraiment envie de s’amuser ce soir. De plus, elle adorait se conduire mal dans des endroits aussi huppés que celui-ci. Elle sortit son pied de sa chaussure et le rapprocha de la jambe de son inspecteur. Florent choisit ce moment pour poser tendrement sa main sur la sienne et la regarder sérieusement.

— Amy, je voulais te parler.

Un sentiment inexpliqué d’angoisse envahit la jeune femme qui recula aussitôt son pied et le rechaussa.

— Je t’écoute.

Il prit sa respiration avant de se lancer.

— Je sais qu’il y a peu de temps que l’on se connaît, mais tu m’as plu depuis le premier regard. Depuis cette soirée à l’ambassade, je n’ai pas arrêté de penser à toi malgré les nombreuses autres préoccupations que j’ai en ce moment. Tu m’as soutenu à chaque instant malgré le danger que t’a fait mener mon métier. Et tu ne t’es jamais plainte. Je… J’ai compris que je voulais passer chacun des moments de ma vie avec toi, je t’aime. C’est pour cette raison…

Il sortit un objet de sa poche sous le regard de plus en plus angoissé de Prisca. « Mon Dieu, faîtes que ce ne soit pas ce à quoi je pense ». Mais Dieu n’avait jamais exaucé aucune de ses prières. Florent ouvrit l’écrin devant ses yeux laissant apparaître une alliance en or blanc.

— Amy, veux-tu devenir ma femme ?

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