Le projet Isis – Chapitre 18

— Je relance de cinq, déclara Matt, sûr de lui.

— Je me couche, soupira Jared.

Matt lança un regard de défi à Enzo. Ce dernier lui répondit par un sourire amusé.

— Je te suis, et je relance de dix.

Autour d’eux, Lania et Sergueï avaient déjà abandonné la partie et observaient avec intérêt les deux derniers joueurs. Bien qu’officiellement les paris soient de l’argent, pour Matt et Enzo, un tout autre enjeu avait été décidé.

Soudain, la porte du loft s’ouvrit avec violence, laissant entrer une Prisca au bord de la crise de nerf. Elle donna un coup de pied dans le guéridon de l’entrée, le faisant tomber.

— Ça ne va pas ? Qu’est-ce qu’il te prend ? s’énerva Sergueï.

— Ce qu’il me prend ? fit la jeune femme en s’approchant. Il me prend simplement que Bergen vient de me demander en mariage.

Un silence stupéfait suivi cette révélation. Tous fixaient Prisca d’un air ennuyé.

— Tu plaisantes, là ? demanda Matt d’une voix sombre.

— J’ai l’air de plaisanter ?

— De toutes manières, tu ne comptes pas accepter ? fit Enzo.

— Bien sûr que non !

— Alors la question est réglée.

— Non, elle ne l’est pas, riposta Sergueï. Qu’est-ce que tu lui as répondu ?

Elle soupira.

— Qu’il fallait que je réfléchisse…

— Et c’est ce que nous allons faire, résonna la voix d’Acacia.

Prisca se tourna vers la Xaklan.

— Rassure-moi, tu veux bien dire réfléchir sur la manière dont je vais refuser sa demande ?

— Non, je veux dire réfléchir à sa demande.

Les joues de Prisca s’empourprèrent sous le coup de la fureur.

— C’est tout réfléchi. La réponse est non. Je n’ai aucun intérêt à me marier avec lui.

— Il faut penser au groupe d’abord, Prisca. L’épouser serait un excellent moyen de l’avoir définitivement sous notre coupe.

— Alors trouvez-vous un autre cobaye. Je n’ai jamais signé pour ça !

Elle se dirigea à grand pas sur le balcon et claqua la porte derrière elle.

— Je ne me serai jamais attendu à ça, confessa Lania.

— Ah oui ? fit Acacia. C’est une attente normale au bout d’un certain temps dans un couple.

Matt lui lança un regard furieux.

— Tu savais que ça se passerait depuis le début, avoue.

— Non, mais c’est une éventualité à laquelle je m’étais préparée.

— On ne peut pas demander à Prisca de se sacrifier autant ? s’écria-t-il en se levant brusquement de sa chaise. Si quelqu’un doit épouser Bergen, fais-le.

Il se dirigea à son tour vers le balcon. Il ouvrit doucement la porte, sortit et referma de la même façon. Prisca se tenait les bras en appui sur le balcon. Tout son corps était tendu par la tension, son regard lançait des éclairs sur les immeubles autour d’eux. Matt s’approcha légèrement.

— Tu ne comptes pas sérieusement l’épouser ? risqua-t-il.

Elle se retourna brusquement.

— Bien sûr que non !

— Acacia risque de ne pas te rendre la vie facile.

— Peu importe, il y a des limites à ne pas franchir.

Il fit un léger sourire.

— Je suis heureux de te l’entendre dire.

La jeune femme se détendit quelque peu. Matt l’observa en coin. Bergen avait osé la demander en mariage. Elle avait refusé d’accord, mais peut-être un jour quelqu’un d’autre lui proposerait, quelqu’un qu’elle ne repousserait pas. Il ne pouvait pas l’accepter. Il ne voulait pas vivre sans elle. Il se détestait pour ce sentiment-là. Il la détestait pour être si attachante.

— Tu sais Matt, si tu n’as rien à me dire, je préfèrerais être seule.

— Tu ne vas pas partir, n’est-ce pas ? la coupa-t-il.

— Non, je ne vais pas partir.

« Pour l’instant, pensa-t-elle, mais si Sergueï ne prend pas vite une décision, je vais péter un câble. ». Matt reprit, d’une voix chevrotante.

— Je… Je viens juste de perdre ma sœur. Je ne veux pas perdre quelqu’un d’autre à qui je…

Nom de Dieu, pourquoi des larmes perlaient-elles à ses paupières ? C’était indigne de lui, ragea-t-il. Et il fallait que ça se produise devant Prisca. Il se retourna vivement. Il valait mieux éviter les dégâts.

Prisca resta interdite. Venait-elle de le voir pleurer ? Cet être si insensible qu’il prétendait être venait-il de lui avouer, à mi-mots d’accord, qu’il tenait à elle autant qu’à sa sœur ? Un sentiment de douceur qu’elle n’avait pas ressenti depuis longtemps l’envahit. Elle posa sa main sur son épaule, l’obligeant à lui faire face. Les larmes s’étaient évanouies, mais la détresse était toujours visible dans son regard. Elle lui fit un sourire rassurant avant de le prendre dans ses bras.

D’abord surpris, Matt referma ensuite ses bras autour d’elle, l’invitant plus près d’elle. Il la serra brusquement à l’étouffer, glissa son visage dans ses cheveux et ne put empêcher ses larmes de couler. Prisca le berçait très légèrement, ne voulant pas qu’il prenne cet élan de tendresse comme de la pitié.

— Je ne partirai pas, Matt. Je te le promets.

Il releva son visage afin de croiser son regard. Il n’y lut que sincérité. Elle avait un  regard si profond qu’il pouvait s’y perdre facilement.

Il pencha ses lèvres vers les siennes et l’embrassa. Il valait mieux y aller doucement, il ne voulait pas prendre le risque de se faire rejeter, pas cette fois. Mais avec chance, elle répondit à son baiser, sa langue glissant sur la sienne, jouant avec la sienne. Ça paraissait impossible, mais c’était encore mieux que tout ce qu’il avait imaginé. Il n’avait jamais été explorateur, mais l’exploration de sa bouche était bien plus excitante que tout ce qu’il avait connu jusque-là. Et quand il pensait à tout ce qu’il lui restait à découvrir… Bien qu’il essayât de la réfréner, son ardeur reprit vite le dessus. Il souleva Prisca et la plaqua contre le mur. La jeune femme enroula ses jambes autour sa taille. Matt cessa le baiser et fit glisser ses lèvres le long de la nuque de son amante, respirant son parfum.

— Prisca…

— Ne dis rien. Dit-elle en plaquant un doigt contre sa bouche.

Il releva un regard fiévreux vers elle tout en embrassant et léchant son doigt avec délectation.

À son tour, elle glissa son visage contre sa nuque, remonta ses lèvres vers son oreille et lui mordilla le lobe. Ses doigts s’immiscèrent sous l’étoffe de sa chemise, lui caressant d’une main experte le torse et les mamelons. Il poussa un grognement d’excitation et releva les pans de la robe de soirée qu’elle portait toujours. Il effleura l’extérieur puis l’intérieur de ses cuisses, réajustant sa position contre lui et reprenant possession de ses lèvres. Sa main se fraya un chemin jusqu’à la pièce de lingerie qui lui servait de culotte. Elle lui arracha sa chemise d’un geste sauvage pendant qu’il s’immisçait dans les plis de son intimité. Elle se cambra et poussa un gémissement de plaisir, l’incitant à continuer ses caresses. De son autre main, il fit glisser les bretelles de sa robe, révélant sa poitrine généreuse. Il l’observa d’un air appréciateur avant de plonger ses lèvres vers un téton durci, le mordillant et le suçant.

— Matt…

— On aurait dû faire ça depuis longtemps, tu sais. Murmura-t-il entre deux baisers.

— Tais-toi et continue.

Il sourit et remonta ses lèvres le long de sa gorge, puis de sa bouche. Il voulait faire durer le plaisir, la rendre folle de désir, mais il savait déjà qu’il ne tiendrait pas si longtemps. Peu importe, il aurait toujours l’occasion de recommencer. Il en était sûr maintenant. Il retira sa main de son clitoris, lui arrachant un gémissement de frustration. Il s’acharna sur sa culotte, leur position n’étant pas idéale pour la retirer facilement.

— Arrache-la. Lui intima-t-elle alors qu’elle ouvrait sa braguette et saisissait son sexe durci.

Il ne le fit pas dire deux fois, et la pièce de tissu ne fut bientôt plus qu’un lointain souvenir.

— Viens. Fit Prisca.

Elle le guida en elle, leur arrachant à tous deux des cris de plaisir. Il plongea son regard dans le sien, commençant son va et vient sensuellement. Son attente n’avait pas été vaine. Il n’avait jamais connu une telle osmose avec quelqu’un. Prisca semblait être en adéquation avec lui-même, comprenant ses attentes comme il comprenait les siennes. Leurs mouvements se firent de plus en plus rapides, les emmenant au paroxysme de l’orgasme. Pour quelques instants, tout autour d’eux fut effacé : Mars, la laideur du décor, leurs problèmes. Seuls eux et leur plaisir comptait. Matt glissa son visage contre la nuque de son amante, reprenant peu à peu son souffle. Il posa un baiser sur sa peau.

— On devrait aller dans ma chambre.

— Oui, c’est une bonne idée.

Il croisa son regard et sourit avec connivence.

…oooOOOooo…

Matt était toujours endormi contre elle, sereinement, la tête reposant sur sa poitrine. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi elle lui avait cédé, mais elle ne le regrettait pas.

Elle lui caressa les cheveux. Diable ! Elle était déjà amoureuse de lui. Mais ce sentiment ne l’aidait pas plus à savoir ce qu’elle allait faire désormais. Elle se sentait piégée, se demandant quand sa vie avait atteint le point de non-retour. Perdue dans ses pensées, elle mit un moment avant de remarquer que son amant la fixait de son regard profond.

— Depuis quand es-tu réveillé ?

— Quelques minutes.

— Ils ne sont pas confortables ? demanda-t-elle en désignant sa poitrine.

Il fit un sourire de prédateur.

— Ce n’est pas le premier mot par lequel je les qualifierais, mais ils le sont, dit-il avant d’embrasser un téton.

Elle frissonna de désir. Il reposa un baiser sur son buste avant de plonger son regard dans le sien.

— Tu n’arrives pas à dormir ?

— C’est difficile à côté de toi.

Il sourit avant de reprendre.

— Sérieusement, à quoi penses-tu ?

— Je ne sais plus quoi faire, Matt.

— Reste avec moi.

— J’aimerais que ce soit si simple…

Il s’allongea sur le dos à ses côtés. Il lui caressa le bras tout en réfléchissant.

— Ça peut être simple si on s’en donne les moyens. On a assez de fric pour quitter cette planète. C’était notre but premier, et Sergueï est prêt à sauter le pas. On laisse Bergen derrière nous et on oublie toute cette histoire.

— Et Acacia ? Elle est dangereuse.

— Je sais. Il faudrait nous en débarrasser.

Ils échangèrent un regard profond. Prisca songea aux aboutissants d’un tel plan. Ce serait la solution à tous ses problèmes, c’était évident. Et pourtant, quelque chose la retenait.

— Elle est trop maligne. Et c’est grâce à elle, si nous avons tout cet argent.

— Nous ne lui devons aucune loyauté. C’est elle qui nous a apporté notre don d’accord, mais ce n’est pas gratuit. Elle nous manipule, et j’ai horreur de ça.

— Je suis d’accord.

— Même si nous ne passons pas à l’action, nous pouvons tout de même y réfléchir.

— Et on quittera Mars.

Il sourit tout en s’allongeant sur elle à nouveau. Il la regarda droit dans les yeux tout en assurant.

— On quittera Mars.

— Laisse-moi juste tuer Nadia d’abord.

— Tout ce que tu voudras ? promit-il en prenant possession de ses lèvres.

…oooOOOooo…

Matt se réveilla seul dans son lit. Sa main ne rencontra que du vide quand il voulut caresser Prisca. Il ouvrit difficilement les yeux pour constater son absence. Il regarda son réveil, il était à peine sept heures du matin. Peut-être l’attendait-elle dans le séjour ? Il se leva, s’habilla rapidement et sortit. Mais Prisca n’était pas là non plus. Seul Jared prenait son petit-déjeuner à la grande table. Comment faisait se lève-tôt pour manger à cette heure-là ? Il s’approcha et demanda.

— Salut. Tu n’aurais pas vu Prisca ?

— Elle est sortie. Elle avait rendez-vous avec Bergen.

— Bergen… s’angoissa Matt. Tu sais où par hasard ?

— Dans un café, je crois, ils devaient prendre le petit-déjeuner ensemble.

— Le nom.

— Quoi ?

— Donne-moi le nom de ce putain de café ! s’énerva Matt.

— J’ai oublié. Calme-toi.

Au contraire, Matt l’attrapa par le col de sa chemise.

— Tu as plutôt intérêt à t’en souvenir.

Jared croisa son regard menaçant et fit marcher ses neurones. Matt n’était pas du genre à proférer des avertissements en l’air.

— Zen eden. C’est ce café-là.

— Tu vois quand tu veux, dit-il en le lâchant.

Il tourna aussitôt les talons et se précipita vers la sortie.

— Le manque de sommeil te rend complètement cinglé ! lui lança Jared.

…oooOOOooo…

Amy était nerveuse. Elle venait de prendre la décision la plus difficile de sa vie. Et elle hésitait encore. Assise à la terrasse du café, sur le terre-plein du 78ème étage, elle regardait défiler les voitures et les rares passants. Elle regarda l’enseigne du café. « Zen eden ». Zen, c’était loin d’être l’état d’esprit dans lequel elle se trouvait. Eden, il y avait mieux comme qualificatif pour définir Mars. Elle soupira alors que Florent s’asseyait à ses côtés, souriant, comme d’habitude.

— Salut rayon de soleil ! Bien dormi ?

Elle acquiesça subrepticement, un faible sourire aux lèvres.

Matt gara son aéro en toute vitesse et descendit sur le terre-plein. Mû par un mauvais pressentiment, il avait traversé la ville en un éclair. Le café « Zen eden » était encore à quelques centaines de mètres. Il se mit à courir en sa direction. Il ne devait pas arriver trop tard. Il devait à tout prix empêcher Prisca de commettre cette erreur.

Florent observait Amy avec angoisse, n’en laissant rien paraître. Elle avait dit avoir besoin de réfléchir. Ce n’était pas la réponse qu’il attendait bien sûr, mais il pouvait la comprendre. Ils se connaissaient depuis à peine deux mois. Mais depuis la veille, il vivait dans la crainte qu’elle puisse dire non.

— Alors, qu’a tu prévu de faire de ta journée de congé ?

— Je ne sais pas encore. Un peu de natation sans doute, peut-être un peu de shopping, énuméra-t-elle d’un ton soucieux.

L’étau autour de la gorge de Prisca se resserrait toujours davantage. Elle devait dire ce qu’elle avait à dire avant de n’en être plus capable.

— Écoute Florent, j’ai bien réfléchi. Ta demande d’hier soir m’a prise par surprise. Je suis vraiment désolée si je t’ai blessé, ce n’était vraiment pas mon intention.

— Ce n’est rien, je comprends.

— Toujours est-il que…

Elle s’interrompit pour trouver le courage de prononcer ses mots quand son regard croisa celui de Matt à une dizaine de mètres. Il paraissait catastrophé. Elle lut dans ses yeux qu’il savait ce qu’elle s’apprêtait à faire. Il lui fit le signe non de la tête. « Pardonne-moi, Matt. » pensa-t-elle avant de déclarer.

— J’accepte Florent, je veux devenir ta femme.

La foudre avait réduit son cœur en cendre. Matt regarda Prisca, ou plutôt Amy sans y croire. Florent s’était levé et la faisait tournoyer dans ses bras.

Pourquoi, mais pourquoi avait-elle fait ça après toutes ses promesses de la nuit passée ? Est-ce que ça n’avait pas compté pour elle ? Il sentit une rage monter en lui. Ils devaient les séparer, l’emporter loin de cet inspecteur de malheur. Bergen avait reposé la jeune femme au sol et sortit l’écrin de sa poche. Il lui passa la bague au doigt. Matt serra les dents.

Soudain, un coup de feu résonna. Matt porta tout d’abord son regard dans la direction du tir. Il apercevait seulement les balcons sombres d’un immeuble environnant. Sans doute un tireur embusqué, ce n’était pas son problème. Il reporta son regard sur le café et ses yeux s’agrandirent d’angoisse. Prisca, ou Amy peu importe, c’était elle la cible. Elle était déjà écroulée au sol, dans les bras de l’inspecteur. Une fleur rouge sang s’étendait de plus en plus sur son chemisier blanc.

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