Le projet Isis – Chapitre 20

Florent se tenait debout face à la table d’autopsie. Il était à deux doigts de s’écrouler, mais il tenait bon, serrant les poings, enfonçant ses ongles dans sa chair. La douleur physique n’était rien comparée à la souffrance mentale qui l’avait assaillie. Sur la table, le drap couvrait le corps sans vie d’Amy jusqu’au menton. Son pale visage inexpressif luisait presque sous la lumière bleutée. L’odeur des désinfectants régnait. C’était supportable, mais il savait que ça ne durerait pas. Et pourtant, il tenait à rester, à assister jusqu’au bout à l’autopsie d’Amy. Une sorte d’ultime adieu.

Le médecin légiste arriva et enfila ses gants en plastique avec un pop qui fit hérisser les poils de l’inspecteur. Ce manque de respect vis-à-vis des morts du légiste l’avait toujours révolté. C’était encore pire aujourd’hui que c’était Amy qui allait passer sous son bistouri. Il enfonça plus profondément ses ongles dans sa chair, réprimant les cris qui ne demandaient qu’à sortir depuis sa sombre découverte.        Quand il était entré dans sa chambre quelques heures plus tôt, il s’était écroulé à genou aux côtés du corps sans vie de sa fiancée. Son regard fixait déjà l’au-delà, sans aucune sérénité. Il avait refermé ses paupières, ne supportant pas cette image qui le hanterait jusqu’à la fin de ses jours.

La voix du docteur s’éleva, le ramenant au présent.

— Alors qu’est-ce que nous avons là. Amy Barkin, de couleur blanche, 30 ans, sexe féminin…

Il retira le drap, dévoilant entièrement la jeune femme.

Florent était paralysé. Seuls ses yeux pouvaient encore bouger, parcourant les courbes de ce  corps qu’il avait si souvent caressé et embrassé, qu’il avait si souvent aimé, qu’il aimait encore. Seigneur ! Comment allait-il faire sans elle ?

Il fronça soudain les sourcils. Non, c’était impossible, il devait avoir une hallucination. Il observa plus attentivement la hanche de la jeune femme. Non, il n’y avait aucun doute à avoir. Il interrompit le légiste qui s’apprêtait à ouvrir la cage thoracique de la défunte.

— Attendez !

Il s’approcha et passa la main sur la peau froide. La peau était saine, sans aucune aspérité. Il poussa un long soupir.

— Ce n’est pas Amy…

Le légiste fronça les sourcils à son tour.

— C’est pourtant ce qui est écrit sur le dossier.

— Je sais.

Il s’éloigna vivement et s’emporta.

— C’est son visage, c’est sa morphologie, mais ce n’est pas elle ! Amy avait une cicatrice en haut de la hanche. Elle avait été agressée il y a quelques années. Une cicatrice ne disparaît pas comme ça !

Le légiste s’approcha pour vérifier.

— Effectivement. Votre amie avait une sœur jumelle ?

— Pas à ma connaissance.

Il se prit la tête dans ses mains et soupira.

— Je n’y comprends plus rien.

Il fixa le visage de la morte.

— Elle ressemble tellement à Amy.

Son regard s’emplit de détermination. Si ce n’était pas Amy, elle était en vie, quelque part. Quoi qu’il lui en coûte, il démêlerait le vrai du faux.

 

…oooOOOooo…

 

Lania sortit discrètement du loft et se faufila aussitôt dans l’ombre de l’escalier de secours. À quelques dizaines de pas, Acacia et Vidal discutaient. L’homme avait l’air en pétard, la Xaklan était fidèle à elle-même. Lania tendit l’oreille. Elle s’était engagée à en apprendre le plus possible sur Acacia et Prisca. Elle avait décidé de prouver sa valeur, surtout à Matt, ça lui rabattrait son clapet. Elle le détestait. Franchement, elle se demandait bien ce que Prisca pouvait lui trouver. D’accord, il était sexy en diable, mais il n’avait rien d’autre pour lui.

La brise lui apportait la voix de Vidal.

— Je ne peux pas partir maintenant. Une patiente a besoin de moi.

— Prisca est hors de danger, tu l’as dit toi-même.

— Il pourrait y avoir des complications.

— Si c’est le cas, nous t’appellerons.

Il fronça les sourcils.

— Et si je refuse ?

— Ce n’est pas dans ton intérêt. Notre deal est presque rempli, non ?

Il ne répondit pas, serrant la mâchoire. Finalement, il céda et s’éloigna.

Lania réfléchissait. De quoi parlaient-ils ? C’était vraiment louche. Acacia lui apparaissait de plus en plus comme diabolique. Elle resta dans l’ombre, attendant que l’extraterrestre s’éloigne à son tour pour la suivre. Ses plans tombèrent à l’eau.

— Lania, tu crois vraiment que je ne t’ai pas repéré ?

La jeune fille se figea. Ce n’était pas prévu au programme, ça. Elle avait pourtant été discrète.

— Allez, Lania, sors de ta cachette avant que je vienne t’y chercher.

Elle hésita avant de se résigner. Elle sortit piteusement de l’ombre. Elle ne s’était jamais sentie aussi honteuse. Acacia la fixait d’un air impassible. Elle n’était même pas furieuse, comme si tout ce que pouvait faire la jeune fille lui était complètement égal.

— Je peux savoir pourquoi tu me surveilles ?

Lania haussa les épaules, jouant le rôle de la fille superficielle pour laquelle tout le monde la prenait.

— Je m’ennuyais.

— Pauvre petite fille… railla la Xaklan. Trouve autre chose pour t’occuper, ajouta-t-elle d’un ton dur. Et rentre au loft.

Lania la fixa attentivement, elle n’avait aucune envie de céder, mais l’air cruellement autoritaire d’Acacia la dissuada de se rebiffer. Maudissant sa lâcheté, elle ouvrit la porte du loft et entra. La fureur et la fierté blessée remontaient en elle et semblait créer une boule incandescente et compacte au fond de sa gorge. L’ambiance était toujours aussi triste dans le loft. Jared était sorti sur le balcon, Enzo était affalé dans le canapé, Matt toujours dans la chambre de Prisca, et Sergueï assis à la table jouait avec un jeu de cartes. Elle l’observa attentivement. Il semblait perdu dans ses pensées, tout en faisant passer ses cartes d’une main à l’autre, les mélangeant avec technique. Lania se décida à le rejoindre et s’assit en face de lui, continuant à l’étudier avec intérêt. Après quelques minutes, il sembla enfin remarquer sa présence.

— Qu’est-ce que tu veux, Lania ?

— Je veux apprendre.

— Apprendre quoi ?

— Tout.

Il releva les yeux de ses cartes et croisa son regard. La détermination sans faille qu’il y lut le fit sourire.

— J’ai cru un moment que tu ne serais jamais prête à franchir le pas.

— Apprends-moi à être comme vous, comme toi.

— Ce sera dur.

— Je suis prête.

Il acquiesça en souriant puis reporta son attention sur les cartes. Lania s’impatienta.

— On ne commence pas tout de suite ?

— La patience est la première leçon. Ce sera peut-être la plus difficile pour toi. Mais malheureusement, la situation actuelle est idéale pour ça, ajouta-t-il avec amertume.

 

…oooOOOooo…

 

            Prisca suivit la matonne à travers le long couloir. Elle fixait discrètement sa matraque. L’envie de la lui piquer et de lui asséner plusieurs coups bien sentis avant de sortir la lancinait, mais ça aurait sérieusement repoussé la date de son relâchement. Elle n’était plus qu’à quelques minutes de la liberté, plus qu’à quelques pas…

            Elle arriva dans la pièce transitoire, face à un autre agent, féminin évidemment. Bon sang, ce qu’elle avait envie d’un homme ! Ça faisait un an qu’elle était enfermée ici, dans cette bon dieu de prison remplie d’œstrogènes. Elle n’avait jamais autant détestée ses congénères. La première chose qu’elle ferait en sortant d’ici serait de se trouver un mâle, n’importe lequel ferait l’affaire.

            À vrai dire, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle ferait ensuite. Elle n’était pas sûre d’être toujours la bienvenue chez les Absinthes Noires. Elle avait merdé lors de leur dernier coup, ce qui lui avait d’ailleurs valu son année de taule.

            Matt était venu la voir, Enzo aussi. Elle avait même eu le droit à la visite de la petite dernière, Lania. Mais pas Sergueï. Elle n’avait pas eu de ses nouvelles. Même les autres n’avaient rien voulu lui dire. Elle soupira légèrement, il lui faudrait sans doute chercher un autre endroit où loger.

            Face à elle, l’agent lui tendit une boîte en débitant froidement.

            — Prisca Johnson, effets personnels n°95862. Reprenez ces merdes.

            Prisca fit la grimace sans relever. Elle n’était pas encore assez proche de la sortie pour répliquer. Elle attrapa les deux pauvres bijoux qui juraient dans la boîte, une chaîne en argent et sa montre, et les enfila. La matonne lui tendit les vêtements qu’elle portait à son arrivée et lui désigna une cabine d’essayage. Elle s’y faufila et retira aussitôt avec soulagement son uniforme de prisonnière violet fluo. Qu’elle atroce couleur, ça poussait au suicide ! Elle soupira de bien être en passant son pantalon et sa veste en cuir, elle se sentait revivre. Elle se recoiffa de ses mains et sortit. Elle rendit avec un dégoût non dissimulé l’uniforme à la taulière.

            — Prisca Johnson, vous êtes libre. La sortie est par là.

            Prisca leva les yeux au ciel. Si elle croyait que ce n’était pas la première chose qu’elle avait remarqué…

            Elle se dirigea vers la porte, suivie de près par la gardienne. Elle ouvrit et respira l’air… pour tousser aussitôt. Elle aurait aimé pouvoir dire que l’air libre lui avait manqué, mais la pollution était telle qu’elle regrettait presque l’air recyclé de sa cellule. Mouais… Il ne fallait rien exagérer…

            Elle fit quelques pas et releva les yeux à l’horizon… pour aussitôt se figer.

            Sur le parking, adossé à une aéromobile, Sergueï l’attendait, impassible. Après un moment d’hésitation, elle se dirigea vers lui, d’un pas qu’elle voulait nonchalant, mais l’angoisse s’emparait d’elle, à son grand regret. Elle arriva à sa hauteur. La voix sombre de l’homme s’éleva.

            — Salut.

            — Salut… Je ne m’attendais pas à te voir.

            Il fit un léger sourire.

            — J’adore surprendre.

            Il fit un pas de côté et ouvrit la portière du côté passager.

            — Monte.

            Son ordre ne souffrait aucune réplique. Elle obtempéra. Il ferma derrière elle, alla s’asseoir devant le volant et démarra. Un silence s’installa avant qu’il ne déclare.

            — Tu t’es faite avoir comme une bleue.

            Elle serra les dents.

            — Je sais.

            — Ça ne te ressemble pas.

            Elle lui jeta un regard en coin. Il était concentré sur la route. Ses yeux noirs reflétaient la détermination. Bon sang, mais qu’est-ce qu’il attendait d’elle ? Elle fronça les sourcils.

            — Où est-ce que tu m’emmènes ?

            — Au loft, bien sûr ! J’en connais deux qui seront plus que ravis de te voir. Ils sont devenus insupportables ces derniers temps.

            Elle sourit en repensant à Matt et Enzo. Sergueï reprit.

            — Tu cherches à détourner la conversation, Prisca, mais je n’en ai pas fini. Je sais que tu es capable de bien plus que ce que tu as fait lors de la dernière mission, de ce putain de casse à la bijouterie Joyaux purs ! Putain, je vous avais déconseillé d’y aller !

            Elle croisa les bras.

            — Tu attends quoi, là ? Des excuses ? Ok, j’ai fait une connerie, mais j’ai payé pour ça, non ?

            Il grimaça.

            — Bien sûr. Tu as gâché un an de ta vie, et de la nôtre par la même occasion.

            — Si tu m’en veux tellement, pourquoi est-ce que tu me ramènes ?

            — Parce que tu es utile au groupe. J’aimerais que tu comprennes tes conneries. Et que tu ne recommences plus. Tu es bien assez douée pour ne pas te laisser prendre.

            Il lui jeta un regard noir.

            — OK, le message est passé. Et si tu crois que j’ai envie de retourner en taule…

            Il fit un rictus amusé.

            — Tu es en manque, non ?

            — Tu me connais si bien, Sergueï…

            — Comme si je t’avais faite, répondit-il en posant la main sur sa cuisse.

 

…oooOOOooo…

 

Vidal se laissa tomber sur sa chaise, échappant au regard triomphant d’Acacia. Il avait terminé. Oui, cette fois on se souviendrait de lui comme le plus grand assassin de tous les temps.

— Bravo Vidal ! Je savais que vous réussiriez, railla la Xaklan.

Il redressa les épaules, l’observant avec une fierté qu’il était bien loin d’éprouver. À cause de lui, le projet Isis, revu et corrigé par Acacia, était prêt à fonctionner. Il ne savait pas ce qu’elle voulait en faire, mais il savait qu’il ne faudrait pas se trouver dans les parages quand elle déciderait de s’en servir. Du moment qu’elle lui laissait faire ce dont il avait envie…

— J’ai rempli ma part du marché, remplirez-vous la vôtre ?

Elle sourit.

— Je suis une femme d’honneur, Vidal, comment pouvez-vous en douter ?

Il l’observa sans faillir, lui prouvant sa détermination. Acacia leva les yeux au ciel, fit le tour de la table et vint se poster devant lui.

— Levez-vous.

Il fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— Vous voulez le don de changer d’apparence, oui ou non ?

Pour unique réponse, il se leva après avoir réfléchi quelques instants.

— Et maintenant ?

Elle leva les mains et lui présenta ses paumes bleutées.

— Posez vos mains sur les miennes.

— Vous n’êtes pas du tout mon genre.

— Si vous ne cessez pas de m’interrompre, nous n’aurons jamais fini.

Il soupira avant de s’exécuter. Il réprima un mouvement de répulsion au contact de sa peau caoutchouteuse. La Xaklan lui donnait de l’urticaire. Mais après tout, c’était un mauvais moment à passer. Il fixait attentivement Acacia, à l’affût de tout mauvais tour qu’elle pourrait lui jouer. Il sursauta quand il vit une lumière bleutée sortir des paumes de l’extraterrestre et traverser ses propres mains, sa peau. Il sentit des picotements dans ses terminaisons nerveuses et se figea.

— Ne vous inquiétez pas, c’est le processus normal. Ça va vous démanger pendant une ou deux heures puis vous pourrez être qui vous voudrez.

Il fit la moue.

— Pourquoi ai-je l’impression de m’être fait rouler ?

— Ce manque de confiance me blesse énormément.

— C’est ça…

Il s’éloigna en vitesse, prit sa veste et se dirigea vers la sortie.

— Nous en avons fini. Je recouvre ma liberté. Remercier les Absinthes noires pour moi. Et si jamais vous m’avez roulé, vous aurez de mes nouvelles.

 

…oooOOOooo…

 

Matt tenait délicatement la main de Prisca dans la sienne. Cette dernière semblait passer par tous les stades de température : du froid intense à la fièvre brûlante. De la sueur perlait sur sa peau. Il déposa un baiser sur sa paume tout en l’observant avec inquiétude. Il avait la trouille de sa vie. Il n’avait pas ressenti d’angoisse aussi intense depuis le suicide de Sabine.

L’enfoiré qui lui avait tiré dessus le paierait au centuple. Il s’en faisait la promesse. Il détestait être là, à ne rien faire d’autre qu’attendre. Il s’était senti terriblement inutile pendant l’opération, et il avait horreur de ça. Sans compter sur la présence d’Enzo qui lui vrillait les nerfs. Prisca n’avait plus besoin de lui, il faudrait qu’il le comprenne.

Il entendit soudain un léger gémissement. Il se pencha vers son amie et murmura :

— Prisca ?

Un second gémissement lui répondit. Elle se réveillait lentement. Il serra sa main plus fortement. Il avait soudain un besoin presque viscéral de voir ses yeux, d’entendre sa voix.

— Prisca ?

— Matt…

Sa voix était rauque, hésitante, mais elle parlait. Il sourit, soulagé.

— C’est moi, je suis là. Réveille-toi.

Elle papillota des paupières avant de finalement ouvrir les yeux. Son regard était las et fatigué.

— Que… Où…

— Tu es dans ta chambre. On t’a ramené mais ta plaie s’est rouverte. Vidal t’a réopéré.

Elle acquiesça en faisant la grimace.

— J’ai mal.

L’angoisse s’amplifia en Matt.

— Tu permets que je regarde ?

Elle acquiesça en grognant. Il retira la couverture et observa son abdomen.

— Les tissus sont sains. Tu ne saignes pas.

— Je t’en prie, donne-moi quelque chose.

— Vidal a laissé de l’analgésique, mais…

— C’est parfait.

— Tu es sûre que…

— Matt, fais ce que je te dis !

Il se résigna et se leva pour aller chercher la seringue que Vidal avait laissé, au cas où. Il précisa quand même.

— Si je t’injecte ça, tu vas te rendormir pour des heures.

— Je sais. Dépêche-toi.

Il serra la mâchoire et s’approcha. Il désinfecta le bras de Prisca avec du coton et chercha sa veine. Il soupira avant d’introduire le liquide dans son sang.

— Bats-toi Prisca. Je tiens à toi, tu sais.

Il eut le temps de la voir hocher la tête avant que le sommeil ne l’emporte. Avec désespoir, il posa la seringue sur la table de nuit et se rassit sur sa chaise.

 

…oooOOOooo…

 

Le désespoir et le doute avaient pris le contrôle de son corps, et voilà, il y était. Florent frappa à la porte du cabinet de la voyante Lila Lee, doucement d’abord, puis plus fort, plus désespérément au fur et à mesure que la douleur montait en lui. La porte finit par s’ouvrir, laissant apparaître le visage agacé de la femme.

— Qu’est-ce que qui vous prend ? Vous voulez défoncer la porte ? C’est vous inspecteur Bergen ? ajouta-t-elle d’une voix étonnée.

— Vous ne l’aviez pas vu venir, celle-là, remarqua-t-il d’un ton amer.

Elle fronça les sourcils.

— Je peux faire quelque chose pour vous ?

— Je n’en sais rien.

Elle l’observa plus attentivement. C’était un homme dévasté qu’elle avait sous les yeux. Ses épaules étaient voûtées, ses dents serrées, ses yeux humides, malgré le fait qu’il veuille cacher ses larmes.

— Entrez.

Elle s’effaça pour le laisser pénétrer à l’intérieur. Il se dirigea immédiatement vers la salle de consultation et s’assit sur le même fauteuil que lors de sa première visite. Il se sentait complètement englouti par les derniers évènements, par la perte d’Amy, mais surtout par l’incompréhension. Pourquoi n’était-ce pas son corps à l’hôpital ? C’était pourtant bien son visage.

Lila vint s’asseoir en face de lui et le fixa un long moment. Après quelques minutes, Florent se décida enfin à croiser son regard.

— Et si vous m’expliquiez ? demanda-t-elle alors.

Il poussa un long soupir, cherchant ses mots.

— Je viens de perdre quelqu’un, mais je ne suis pas sûr que ce soit elle.

Lila l’observa sans comprendre.

— C’est confus.

— Pour moi aussi. Vous ne voyez rien dans votre boule magique ?

— Je ne lis pas dans une boule de cristal.

— Peu importe ce dans quoi vous lisez, ça m’échappe complètement. Voyez-vous quelque chose ?

— Avez-vous confiance en mes dons, Inspecteur Bergen ?

— J’ai besoin d’une réponse, et la première fois, ça s’est révélé payant. Aidez-moi, je vous en prie. Amy est peut-être quelque part, attendant mon aide. J’ai besoin de savoir si elle est réellement morte.

La voyante acquiesça et ferma les yeux. Elle se concentra sur Florent et sur le nom d’Amy. Aussitôt, une foule d’images envahit son esprit. Malheureusement, toutes étaient floues. La vie de l’inspecteur semblait être un champ de fils enchevêtrés. Si elle voulait trouver une réponse, il allait falloir se concentrer davantage, en dépit de sa douleur croissante.

Florent étudiait son interlocutrice. Elle semblait enfermée en elle-même. Soit elle était très bonne comédienne, soit elle voyait réellement des choses. Il voulait croire en la deuxième option, même si son esprit cartésien résistait farouchement. Il attendait fébrilement une quelconque réponse. Un élément qui le guide. Il devait reprendre sa vie en main.

— C’est compliqué… résonna soudain la voix de Lila.

— Vous avez vu quelque chose ? Amy est-elle morte ?

Un silence passa avant qu’elle ne réponde.

— La mort ne prend que ceux qui ont réellement existé, Inspecteur.

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