Le projet Isis – Chapitre 22

Le sommeil avait fermement pris possession de Matt. Ce fut seulement quand il sentit la brise des fraîches heures de l’aube qu’il s’éveilla. Il resta quelques instants sans ouvrir les yeux, ses pensées ne se reconnectant pas immédiatement avec le monde réel. Puis, les tristes évènements de la veille lui revinrent à la vitesse d’un flash. Ses paupières se soulevèrent vivement, et aussitôt, la surprise et la crainte se gravèrent sur ses traits. Le lit de Prisca était vide ; les plis des draps témoignaient encore de sa présence. Il s’exhorta à ne pas s’inquiéter. Après tout, elle était peut-être simplement allée aux toilettes. Ce n’était pas raisonnable, mais pas vraiment dangereux ; elle aurait trouvé quelqu’un pour l’aider ; le loft n’était pas désert.

Il sentit à nouveau un courant d’air sur sa joue. Il détourna les yeux vers sa provenance pour découvrir que la fenêtre était ouverte, laissant voleter le rideau de soie vert pastel. Toujours pas d’inquiétude à avoir ; son amie avait peut-être simplement voulu rafraîchir la pièce. Et pourtant, son cœur battait de plus en plus vite. S’il avait su lire en lui, il aurait compris que c’était un mauvais pressentiment, mais Matt ne s’attardait pas sur ce genre de choses.

Il se décida à sortir. Ils étaient sûrement tous dans le hall à regarder un film ou à déjeuner. Il s’y dirigea pour constater qu’il n’y avait âme qui vive. Le silence régnait en maître ; il aurait presque pu croire être le dernier survivant de la planète. Ce n’était pas normal, Prisca devait être dans les parages.

Ses yeux se portèrent par habitude vers la chambre d’Enzo et une rage froide s’empara de lui. Il courut vers la porte pour l’ouvrir brusquement. Elle résista ; elle était verrouillée. L’enfoiré ! Prisca n’avait pas besoin…

Il frappa avec force, n’arrêta pas avant d’obtenir une quelconque réponse. Son camarade se fit désirer. Il hurla :

— Ouvre cette putain de porte !

Il entendit un bruit de chute suivi d’un juron, puis des bruits de pas venant vers lui. Quelques secondes plus tard, Enzo ouvrait la porte, découvrant à la vue de tous un visage où la fureur se mêlait à l’inquiétude. Il s’apprêtait à lancer une réplique bien sentie à celui qui osait le réveiller mais ce dernier fut le plus rapide.

— Où est Prisca ?

La surprise remplaça la colère sur les traits d’Enzo, sans y déloger l’angoisse.

— Comment ça ? Elle n’est pas dans sa chambre ?

Matt serra les mâchoires.

— Ne joue pas l’étonné, je suis certain qu’elle est avec toi.

— J’adorerais, mais je te donne ma parole que ce n’est pas le cas.

— Comme si ta parole valait quelque chose… souffla son camarade avant de forcer l’entrée de la chambre.

Il devait vérifier par lui-même, pour constater que l’occupant des lieux ne mentait pas. La pièce était vide de toute présence humaine. La voix sombre d’Enzo retentit :

— Tu crois vraiment que j’aurais baisé Prisca alors qu’elle est aux portes de la mort ? Tu me prends pour qui ?

— Tu veux une réponse franche ? fit-il en retournant sur ses pas et en lui jetant un coup d’œil.

— Laisse tomber. On a mieux à faire. Il faut la retrouver. C’est ça que tu appelles veiller sur quelqu’un ? Tu aurais dû me laisser faire.

— Va te faire foutre.

Matt avança dans la pièce de vie, Enzo sur ses talons. Le premier détailla la salle du regard sans trouver le moindre indice. La seule présence humaine était celle de Lania profondément endormie dans le canapé. Il demanda :

— Tu crois qu’elle est avec Sergueï ?

— J’espère. Il vaut mieux ça que de partir la chercher à l’extérieur.

 

…oooOOOooo…

 

Jared et Vidal marchaient côte à côte. La curiosité n’était pas plus forte que leur caractère taciturne, finalement, et ils avançaient en silence. Ils avaient discuté une bonne partie de la nuit, se racontant chacun leur histoire dans les grandes lignes, essayant de s’apprivoiser. On ne s’inventait pas père et fils en quelques heures. Il faudrait du temps, mais l’envie était là, des deux côtés.

— Dire que ça fait plus d’un mois qu’on vit ensemble sans savoir qu’on était la réponse à la quête de l’autre… soupira Jared.

Un léger sourire fleurit sur les lèvres de son père.

— Ton ami Enzo avait bien remarqué notre ressemblance.

— Il ne parlait pas de ça, et ce n’est pas vraiment mon ami.

— J’ai l’impression que tu dis ça de tout le monde.

— J’avais une amie, elle s’est tuée. Et tu es mal placé pour me parler de ça.

— J’ai vécu plus de 20 ans en prison, ça n’aide pas à forger des relations amicales.

Jared n’insista pas. Il devait reconnaître qu’il en connaissait très peu sur la vie de son père. Pour être franc, il ne savait de lui que ce que les reportages télévisuels reportaient, et il doutait de leur objectivité.

— Un jour, il faudra tout me raconter intégralement, lâcha-t-il.

— Un jour ne suffira pas, mais c’est effectivement au programme.

L’ombre d’un sourire se dessina sur les lèvres de Jared alors qu’il ouvrait la porte du loft.

Ils entrèrent pour découvrir Sergueï, Matt, Enzo et Lania sur le pied de guerre. Les deux hommes échangèrent un regard étonné avant que Jared ne questionne :

— Qu’est-ce qu’il se passe ? Nous avons été découverts ?

Sergueï releva les yeux sur eux, son regard s’attardant sur Vidal. S’il éprouva de la surprise à découvrir l’homme, il n’en laissa rien paraître. Il répondit d’une voix calme mais où perçait une note d’angoisse.

— Prisca a disparu.

Jared se sentit blêmir. La jeune femme n’était pas une grande amie, mais la stupeur l’avait cloué sur place. Quelques heures plus tôt, Prisca n’était même pas en état de tenir assise. Il ne comprenait pas comment elle aurait pu disparaître. On n’avait pas pu l’enlever ; le loft était bien gardé. Il se décida à demander des explications.

— Comment ça ?

Sergueï laissa échapper un léger soupir.

— Apparemment, elle est partie.

Ses yeux s’écarquillèrent davantage.

— Impossible.

— Si, on avait laissé sa surveillance à un incompétent, lâcha Enzo d’un ton amer.

— La ferme ! rugit Matt en l’attrapant par le col de sa chemise.

— Ça suffit ! aboya Sergueï. Vous croyez vraiment que vous étripez aidera Prisca ? Vous feriez mieux de vous aider de votre connaissance commune de sa personne afin de découvrir l’endroit où elle a pu aller… avant qu’elle n’y reste, ajouta-t-il entre ses dents.

Les deux hommes avaient reporté leur attention sur lui avec stupeur. Ils n’avaient pas vu leur chef faire un tel éclat depuis des années. Ainsi, il ressemblait à l’un des cerbères de l’enfer. Il était plus sage de ne pas le provoquer. Ils se séparèrent, non sans s’adresser un regard assassin.

Pendant ce temps, Jared et Vidal s’étaient approchés de la table centrale, rejoignant le brainstorming du groupe. Jared demanda :

— Acacia n’est pas là ?

— Nous n’avons pas besoin d’elle, fit Sergueï d’un ton froid.

Vidal observa ses hôtes. Il ne leur devait plus rien, mais ils étaient les amis de son fils, bien que ce dernier s’en défendît. Ils avaient tous l’air affolé, à des niveaux différents.

Apparemment, il était le seul à être assez détaché pour prendre efficacement les choses en main.

— Comment cela s’est-il passé exactement ? interrogea-t-il en fixant Matt.

Celui-ci soupira avant de raconter.

— Avant que je ne m’assoupisse, elle dormait aussi paisiblement qu’on le peut après avoir reçu une balle dans le ventre. Quand je me suis réveillé, le lit était vide et la fenêtre ouverte.

— Je suis restée dans le salon toute la nuit et je n’ai vu personne, précisa Lania.

— Tu parles ! commenta Enzo, tu dormais à poings fermés sur le canapé quand nous t’avons trouvée.

— Plus de récriminations, l’arrêta Sergueï. Nous règlerons nos comptes plus tard.

Vidal reprit.

— Donc, elle se serait enfuie par la fenêtre. Je ne connais qu’une chose qui motive une personne venant d’échapper à une tentative d’assassinat.

— La vengeance, confirma Sergueï.

Les traits de Lania se plissèrent sous la réflexion. Elle pouvait comprendre ce sentiment ; elle aurait sûrement agi de la même façon. Mais encore fallait-il savoir vers qui tourner sa vengeance.

— Alors, elle aurait vu son agresseur ?

— Je ne pense pas, fit Enzo, elle nous l’aurait dit si cela avait été le cas.

Matt acquiesça.

— Je confirme, elle n’a pas eu le temps de voir quoique ce soit, elle s’est écroulée tout de suite.

— Mais toi, tu l’as vu ? interrompit Sergueï.

Il fit une grimace avant de répondre.

— Aperçu plutôt. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est un homme blond, plutôt svelte.

— C’est maigre comme indice, conclut Vidal.

— Je sais, grogna Matt.

Le silence s’abattit sur le groupe, bien qu’on eût presque pu entendre les rouages des cerveaux tourner, se perdant dans des réflexions qui tournaient en rond. Et pendant ce temps, les secondes coulaient inexorablement, se disait Enzo, et la possibilité de retrouver Prisca s’amenuisait. Un homme blond, avait dit Matt. Les couleurs quittèrent subitement son visage quand la compréhension le frappa comme un éclair. Il avala difficilement sa salive avant de se tourner vers Matt et de demander d’une voix faible.

— Tu as bien dit qu’il était blond ? Tu en es sûr ?

— À 100 %.

Enzo acquiesça et se tourna alors vers Sergueï.

— Jim Wagner, le secrétaire de Nadia Tylo, correspond à cette description.

Sergueï acquiesça après un bref instant.

— Exact, mais que viendrait-il faire dans cette histoire ?

— Tu te rappelles la réaction de Prisca quand elle a découvert Nadia ?

— Bien sûr, elle aurait cru voir un fantôme.

— C’est cette femme qui a tué sa mère.

La révélation d’Enzo surprit tout le monde et tous commencèrent à comprendre le raisonnement du jeune homme. Matt intervint.

— Tu penses à une double vengeance ?

Il hocha la tête. Sergueï le fixa attentivement.

— C’est une possibilité. Mais pourquoi cette chienne aurait-elle voulu la tuer ?

— Qu’est-ce que j’en sais ? s’énerva-t-il. Mais vous connaissez la haine de Prisca pour Biogénic autant que moi. C’est la plus grande probabilité. Je suis convaincu qu’elle est là-bas.

Sergueï observa ses hommes un long moment. À vrai dire, lui aussi était intimement persuadé que la solution se trouvait dans cette maudite usine.

— Alors allons-y, déclara-t-il, nous n’avons plus de temps à perdre.

 

…oooOOOooo…

 

Le silence était plus que complet dans le van. Lania observait ses compagnons à la dérobée. Elle avait beau essayer de se concentrer sur la mission, l’angoisse la tenaillait. « Ce ne sera pas facile, l’avait prévenu Sergueï, tu es sûre de vouloir venir ? ». Évidemment qu’elle le voulait ! Ça ne l’empêchait pas pour autant de frissonner. Elle réprimait tant qu’elle pouvait ses tremblements, et était certaine qu’aucun d’entre eux n’avait rien remarqué. Il la considérait déjà comme une moins que rien, elle ne voulait pas rajouter la lâcheté à cette piètre réputation.

Elle n’était pas lâche, mais Biogénic et Nadia Tylo… C’était pour elle l’image parfaite du vrai mal hypocrite de la société. C’était ce qu’elle avait fui en quittant sa famille, ce qu’elle avait le plus peur d’affronter. Mais ses propres considérations n’étaient pas en prendre en compte. Prisca avait besoin de toutes les bonnes volontés pour s’en sortir. Cette pensée la surprit. Commencerait-elle à être moins égoïste ?

Un bruit mécanique interrompit ses songes. Elle releva les yeux vers Sergueï. Il chargeait consciencieusement le chien de son arme, puis le ferma et releva la tête vers elle. Il croisa son regard, l’interrogation se lisant clairement dans ses yeux. Il fit la grimace avant de déclarer à la ronde.

— Les locaux de Biogénic sont vastes. On va se séparer en deux groupes. Je prendrai Enzo et Lania avec moi. Matt, tu dirigeras l’autre groupe.

Ce dernier acquiesça avant de demander :

— Est-ce que nous changeons d’apparence ?

— Je n’en vois pas l’utilité, déclara le chef.

— Et comment ferons-nous pour entrer ? Le gardien ne pose pas de problème mais la reconnaissance digitale, si, argua Jared.

Tout en préparant son automatique, Enzo expliqua.

— Il existe une porte dérobée de l’autre côté de l’entrée principale. Elle est gardée mais possède une serrure conventionnelle.

Sergueï acquiesça.

— Très bien, tu nous guideras.

Le silence se rabattit dans le véhicule. Vidal gardait les traits fermés. Il n’aurait jamais cru remettre les pieds à Biogénic de sa propre volonté. Mais le fait était qu’il espérait bien tenir là une vengeance lui aussi. Il observa attentivement ses compagnons de fortune. C’étaient des hommes forts et entraînés. Resterait-il avec eux une fois cette affaire terminée ? Tout dépendait de Jared. Il n’allait pas abandonner son fils juste après l’avoir retrouvé.

Et puis, il y avait Acacia. Bien que leur deal soit terminé, il avait deviné que ce n’était pas une femme à abandonner du terrain. Quoique son absence actuelle l’étonnât. Après tout, peut-être avait-elle purement et simplement abandonné les Absinthes Noires après avoir obtenu le projet Isis ? Ce n’était pas un mal. Il prit la parole.

— Nous devrons nous montrer prudent. Biogénic ne dort jamais, il y a toujours des laborantins à travailler, qu’importe l’heure du jour ou de la nuit.

Le russe hocha la tête. Jared, qui était au volant, les prévint.

— On arrive.

— Prends la première ruelle à droite, lui indiqua Enzo.

Le van s’engouffra dans l’ombre.

 

…oooOOOooo…

 

Les couloirs se succédaient les uns après les autres sans qu’ils ne rencontrent âme qui vive. Sergueï aurait préféré ne jamais remettre les pieds dans ce lieu maléfique, mais le choix ne lui avait pas été donné.

Tout était allé trop loin. Il sentait qu’il perdait tout contrôle sur les choses autour de lui. Il n’était pas arrivé là où il en était pour tout perdre aujourd’hui. Il était temps de quitter cette foutue planète ! Ils allaient récupérer Prisca, régler leurs dernières affaires et embarquer sur la première navette venue, et qu’Acacia aille au Diable avec son accord !

Mais pour le moment, l’heure était à l’action. Il doutait que Nadia et ses sbires rendent les armes facilement. Il connaissait les affres du pouvoir et ses attraits. Ce n’était pas une chose qu’on abandonnait sans se battre. Ils devraient être vigilants. Bien sûr, il tenait à Prisca, mais il espérait qu’il n’avait pas conduit ses autres membres vers une mort certaine. Ses pensées devaient se lire sur son visage car Enzo intervint, murmurant.

— Quoiqu’il se passe, tu ne seras pas responsable. Nous avons tous pris la décision de venir.

À sa droite, Lania acquiesça, relevant un menton volontaire droit devant elle. Sergueï haussa un sourcil.

— Je suis si déchiffrable que ça ?

Une grimace amusée déforma les lèvres du jeune homme.

— Je te connais depuis aussi longtemps que tu me connais. Et je suis plus fin psychologue que tu ne le crois.

— Tu m’en diras tant… chuchota-t-il.

Le silence se rabattit sur leur groupe. Ils continuèrent à avancer, errant au gré des embranchements, fouillant les labos, sans jamais rien trouver. La perplexité de Sergueï augmentait de minutes en minutes.

— Vidal n’a pas dit que des laborantins travaillaient jour et nuit ?

Enzo hocha la tête.

— Si, et je le confirme, il y a toujours au moins 30 % des effectifs sur les lieux. Il se passe quelque chose d’anormal.

— Vous pensez que cette Nadia aurait tout planifié à l’avance ? Intervint Lania.

Enzo fit la moue.

— La connaissant, c’est possible. Mais comment et pourquoi connaîtrait-elle les Absinthes Noires ? Et pourquoi vouloir nous détruire ?

— Peut-être tout simplement pour protéger ses arrières et ceux de son projet, conclut Sergueï.

Il sentit soudain une balle siffler à son oreille et se loger dans le mur derrière lui. L’adrénaline prit les rennes de son cerveau.

— À couvert ! hurla-t-il en poussant Lania à l’abri dans un labo sur leur droite.

Il s’y engouffra avec elle pendant qu’Enzo faisait de même dans une pièce sur la gauche.

Au coin du long corridor, bien protégé par les recoins des murs, deux hommes les canardaient avec leur mitraillette. Du moins, il en distinguait deux. Et Jim Wagner. Son regard s’assombrit. Il s’était juré de buter ce jeune freluquet, mais il venait de se faire bloquer dans cette pièce sans issue. Et si c’était un piège, finalement ?

Il soupira. Il devait oublier la joie de l’abattre lui-même. Il tendit la main vers sa poche et en sortit une grenade. C’était leur seule solution. Il releva les yeux et croisa le visage d’Enzo. Ce dernier acquiesça, comprenant son intention, puis alla se réfugier au fond de son labo. Sergueï dégoupilla son fruit mortel et le lança de toutes ses forces vers leurs attaquants.

Il attrapa Lania par le bras et l’entraîna avec lui, refermant la porte et se mettant à l’abri sous un bureau. Il se pencha sur la jeune fille, la protégeant. Elle voulait apprendre, mais il ne voulait pas commencer par la leçon « mourir dignement ». Il murmura.

— Ne t’en fais pas. J’ai fait ça des milliers de fois.

— Vraiment ?

Il n’y avait aucun sarcasme dans sa voix, juste de la curiosité.

Le souffle de l’explosion balaya le couloir, projetant les portes hors de leurs gonds, renversant les étagères et leur contenu se brisant au sol. Il fut aussitôt suivi du bruit assourdissant de la détonation. Quelques dizaines de secondes s’écoulèrent, puis le calme revint, un calme tendu.

Le russe sortit prudemment de sa cachette et fit un tour d’horizon. C’était un véritable capharnaüm, mais un capharnaüm désert. Il tendit la main vers sa compagne. Elle s’en saisit et s’en aida pour se relever.

— Pas de casse ?

— Je suis aussi neuve que le jour de ma naissance.

— De quelle naissance parles-tu ?

Elle lui fit un sourire reconnaissant sur lequel il ne s’attarda pas. Il se dirigea vers la sortie béante et risqua un coup d’œil. Personne, et aucune balle qui filait vers lui. C’était plutôt bon signe. En face de lui, Enzo réapparut à son tour, une estafilade de sang courant sur sa joue droite. Rien de sérieux.

Après un coup d’œil vers leurs assaillants, il adressa un regard interrogatif à son chef. Celui-ci hocha la tête et lui fit signe de couvrir son flanc gauche.

Ils s’engagèrent dans le couloir, Lania derrière eux. Elle ne pouvait s’empêcher de se sentir inutile, mais comme lui avait dit Sergueï en aparté, elle était là pour apprendre. Il lui avait juste ordonné de ne pas se mettre dans ses jambes. Elle obéissait.

Les deux hommes progressaient toujours. Ils n’avaient rencontrés aucune résistance jusque-là.

Le croisement approchait de plus en plus et la tension grimpait à chaque pas. Les doigts de Lania se resserrèrent sur son arme.

À quelques mètres, Enzo et Sergueï rasèrent chacun un des murs ; elle les imita. Ils jetèrent un coup d’œil discret pour se relâcher légèrement. La grenade avait fait son œuvre.

Six hommes gisaient sur le sol, les membres plus ou moins déchiquetés, baignant dans leur sang. Sergueï s’assura qu’aucun homme n’attendait dans l’ombre puis sortit à découvert, suivi par ses équipiers. Enzo vérifia que les cadavres en étaient bien, assisté par Lania.

Sergueï, lui, fut soudainement attiré par un éclat blond. Il s’approcha sereinement du corps agonisant de Jim Wagner. Ce dernier était encore lucide, et ne comptait pas abandonner si facilement.

Le russe le vit glisser sa main vers la grenade planquée dans sa jambière. Il fut plus rapide. Il arma son automatique et tira entre les deux yeux. Le regard bleu métallique s’éteignit en quelques secondes alors que la main du secrétaire s’affaissait à côté de l’explosif.

Un frémissement de sourire naquit sur les lèvres de Sergueï. Au moins, ce merdeux ne les ennuierait plus.

 

…oooOOOooo…

 

Tous ces maudits couloirs se ressemblaient comme deux gouttes d’eau dans l’océan, bien qu’il n’en ait jamais vu. Matt hésitait devant l’embranchement de six couloirs qui se présentait devant lui. Il n’avait aucune idée de l’endroit où Prisca pouvait se trouver, et chaque seconde qui passait pouvait lui être fatale.

Mais pourquoi était-il tombé amoureux d’elle ? Parce que oui, il l’aimait, nom de Dieu ! Et en même temps, il la détestait pour lui faire éprouver ce genre de sentiment. Il la détestait parce qu’elle lui rappelait qu’il était un homme comme les autres. Il ne voulait pas qu’elle meure. Il la voulait à lui et rien qu’à lui, vivante et pétillante comme elle l’avait toujours été. Cette salope de Nadia allait payer très cher.

Mais ce labyrinthe de couloirs l’éloignait de son but. Il soupira et se tourna vers Vidal.

— Vous avez une idée de l’endroit où elle aurait pu la conduire ?

— La grande prêtresse a l’esprit tordu.

— Ça veut dire non ?

— Ça veut dire non. Cette chère Nadia ne m’a jamais fait de visite commentée des lieux.

Matt grogna et se décida à prendre le deuxième couloir à sa gauche. Pourquoi celui-là ? Aucune idée, mais il fallait bien en choisir un, et la lumière était moins éclatante dans celui-là. Ça ne signifiait peut-être rien.

Ils avançaient silencieusement. Matt restait sur ses gardes. Non pas qu’il n’avait pas confiance en Jared, mais il ne connaissait pas assez Vidal pour lui confier sa vie les yeux fermés. Il ne comprenait pas pourquoi ce dernier était revenu. Il devait y avoir anguille sous roche et il ne voulait pas en faire les frais. Il ne savait pas pourquoi Sergueï avait composé les équipes ainsi, il lui était cependant reconnaissant de lui avoir évité la compagnie d’Enzo.

Ils sursautèrent soudain sous le bruit d’une déflagration. Le son venait du coin opposé du bâtiment ; ils n’étaient pas en danger direct. Jared fronça les sourcils.

— Vous pensez qu’ils l’ont trouvée ?

Matt jeta un coup d’œil à son téléphone.

— Ils nous auraient prévenus si c’était le cas. Je pense plutôt qu’ils ont rencontrés des problèmes. Continuons.

Ils reprirent leur longue marche. Toujours ces mêmes murs, ces mêmes néons, ces mêmes portes numérotées. Soudain, un hurlement de douleur et d’effroi creva le silence. Le sang de Matt se glaça dans ses veines. Prisca. Il ne l’avait jamais entendu hurler ainsi. Il ne savait pas ce que Nadia lui faisait mais ce ne devait pas être joli. Il courut vers la provenance du cri, Jared et Vidal sur ses talons.

Pourquoi courait-il aussi lentement ? Les cris de plus en plus faibles et essoufflés de Prisca l’exhortaient à accélérer, mais il n’en voyait toujours pas le bout.

Ils arrivèrent soudain devant une porte gardée par deux mercenaires. Dès qu’ils les virent, les gardes leur tirèrent dessus. Matt évita une balle de peu, mais il n’allait pas se laisser ralentir si facilement. Il arma rageusement son automatique et abattit le premier garde pendant que Jared s’occupait du second. Il ne rata pas sa cible, sa précision d’homme de main travaillait pour lui.

Ils se précipitèrent vers la porte qu’ils ouvrirent à la volée. Les yeux des deux hommes s’écarquillèrent de terreur. Au deuxième plan, Prisca et Nadia étaient reliées à une machine étrange. Entre les trois composantes de ce tableau, une sorte de fluide s’écoulait, provoquant les cris de Prisca et le rictus légèrement douloureux mais satisfait de Nadia.

Au premier plan, un troisième garde tenta de les repousser, mais Jared s’en débarrassa facilement.

— Qu’est-ce que c’est ? bredouilla Matt.

— Le projet Isis, révéla sombrement Vidal.

Matt tourna un regard horrifié vers lui. S’il disait vrai, Prisca ne serait bientôt plus qu’une momie desséchée. Une fois le choc passé, il leva son arme vers Nadia, il fallait qu’il abatte cette chienne avant qu’il ne soit trop tard. Quelle ne fut pas sa surprise quand Vidal abaissa son bras. Matt le repoussa mais il tint bon.

— Espèce d’enfoiré ! Qu’est-ce que vous faîtes ?

Son interlocuteur ne se démonta pas.

— Si vous la tuez maintenant, elle emportera votre amie dans la tombe.

Matt poussa un cri rageur avant de baisser son bras. Il ne savait plus quoi faire. Il n’avait jamais été doué pour les plans alambiqués à la Sergueï. Il était un homme d’action, et Prisca allait en mourir.

Pendant qu’il se maudissait de tous les noms, Vidal, lui, approcha prudemment de la machine. Il en avait conçu les grandes bases. Il n’en était pas vraiment fier, mais le résultat en était là, sous ses yeux. C’était son bébé, c’était à lui de le contrôler. Il adressa un sourire victorieux à Nadia alors qu’il se penchait vers le système de la machine. Elle était entièrement paramétrable, et il était à même de la régler selon son bon vouloir. Nadia devait avoir compris ses intentions vu le regard affolé qu’elle lui lança. Mais elle ne pouvait rien faire et Vidal en était conscient. La machine plongeait ses deux dépendants dans une paralysie provisoire totale.

Ses doigts glissèrent sur les câbles, les fusibles et autres résistances. Les flux de nanorobots s’écoulaient et s’écoulaient sans aucune fuite. Mais ce qui tournait dans un sens, pouvait aussi tourner dans un autre. Il modifia le sens du parcours. Prisca vivrait. C’était son cadeau aux absinthes, et sa vengeance personnelle sur la grande prêtresse, Biogénic, et toutes les humiliations qu’il avait subi. Tout vient à point à qui sait attendre. Il espérait simplement qu’il n’était pas trop tard. La machine mit quelques instants avant de se mettre en branle. On ne fait pas marche arrière en une seconde chrono. Les hurlements de Prisca se calmèrent, ses nerfs cessèrent peu à peu de tressauter.

Intrigués, Jared et Matt s’approchèrent. Jared se pencha sur l’épaule de son père.

— Qu’as-tu fais ?

— J’ai inversé la polarité. Prisca devrait retrouver son énergie, et plus encore.

— Elle va s’en sortir ? demanda Matt, blême.

— Oui, assura Vidal, bien qu’il en doutât un peu.

Puis, les traits de Nadia se contractèrent vivement et son premier hurlement retentit. Matt lui jeta un regard mauvais avant de se retourner vers Prisca. Sa respiration se stabilisait, les couleurs lui revenaient aux joues. Il s’écarta des deux hommes et vint s’agenouiller près d’elle, serrant sa main dans la sienne, rivant son regard dans le sien. Bien qu’elle ne pouvait bouger, son regard n’en restait pas moins expressif.

Il y lu une myriade de sentiments différents : peur, regrets, attachement, et une promesse peut-être ?

Il serra plus fortement sa main. C’était la seule réponse qu’il pouvait lui fournir. Comprenne qui pourra.

Derrière lui, il entendit Sergueï, Enzo et Lania arriver et s’enquérir de la situation. Ça lui était égal. Seuls comptaient ces deux saphirs rivés dans les siens, cette main greffée dans la sienne. Même les hurlements de plus en plus édifiants de Nadia ne pouvaient entacher ce moment.

Puis le silence s’abattit comme une chape. Personne n’osait parler.

Enzo n’en croyait pas ses yeux. Depuis qu’il était arrivé dans cette pièce, il croyait halluciner. Le projet Isis était au point, mais Nadia s’était prise à son propre piège. Il voyait la vie peu à peu quitter ses veines, allant nourrir et guérir sa chère Prisca. Justice était faîte après tout. Enfin, disons sa propre vision de la justice.

C’était terminé désormais, toute cette sombre affaire, et sa crainte au sujet de Prisca. La dirigeante de Biogénic n’était plus qu’un squelette à présent. Un squelette qui ne leur causerait plus aucun tort. Mais le moment s’éternisait, et il ne valait mieux pas se trouver dans les parages quand les employés arriveraient. Il força ses cordes vocales.

— Comment va-t-elle ?

Matt se décida enfin à esquisser un mouvement, mais seulement pour lui jeter un regard plus froid que la glace. La réponse vint de la voix faible de Prisca.

— Je vais bien… Je crois.

Elle respira profondément. Les sensations revenaient dans tous ses membres, provoquant des fourmillements désagréables, mais c’était mieux que la mort. Mis à part ces quelques désagréments, elle se sentait… bien, tout simplement. Elle releva les yeux pour découvrir les visages concernés de ses amis. Elle tenta un sourire rassurant.

— Merci d’être venu à ma rescousse.

Sergueï grogna.

— On aurait mieux fait de te laisser, ça t’aurait peut-être mis un peu de plomb dans la cervelle.

Mais son sourire affectueux démentait la dureté de ses propos.

— Je sais, je suis stupide, mais je vais finir par retenir la leçon.

Matt plongea ses yeux dans les siens.

— Tu ferais mieux de la retenir tout de suite, parce que la prochaine fois, tu risques vraiment d’y rester, et je te l’interdis, compris ?

Pour toute réponse, elle fit un sourire désolé de petite fille.

— Oui, tu veux bien me détacher ?

Il poussa un grognement avant de s’exécuter. Il retira précautionneusement les aiguilles plantées dans les veines de son amie. Aussitôt libérée de ses entraves, elle s’étira longuement. À vrai dire, elle se sentait comme après une bonne nuit de sommeil, revigorée, mais à quel prix ? Bien sûr, elle voulait sa vengeance plus que tout au monde, mais elle savait que le regard horrifié de Nadia alors que son énergie la quittait pour battre ses propres veines la hanterait pendant un long moment. Elle frissonna avant de se lever sur ses jambes. Matt l’aida aussitôt à trouver sa stabilité, passant un bras autour de sa taille.

— Tu es sûre que ça va ?

— Oui.

— Et ton ventre ?

Elle ouvrit des yeux surpris. Elle n’y avait pas repensé jusque-là. Elle souleva son tee-shirt et resta bouche bée. Sa récente cicatrice était à peine visible, ne laissant qu’une fine ligne blanche. Elle passa un doigt pensif dessus.

— Étonnant.

Elle releva les yeux vers Matt qui l’observait avec la même surprise. Puis un léger sourire étira ses lèvres et il posa un baiser sur son front. Enzo toussota.

— Si tu peux marcher, on ferait mieux de quitter les lieux rapidement.

— Tu as raison, mais avant, nous avons quelque chose à faire.

Elle se rapprocha nonchalamment du bureau où Nadia avait auparavant laissé ses armes. Elle attrapa sa dague, puis revint vers ses amis, avant de se jeter sur Vidal et de lui plaquer son arme sur la carotide.

Ses amis restèrent stupéfaits. Jared fut le plus prompt à réagir. Il attrapa Prisca par l’épaule.

— Tu es folle ! Qu’est-ce qu’il te prend ?

— Ne t’occupe pas de ça.

Vidal, lui, restait stoïque. Il plissa les paupières.

— C’est comme ça que vous me remerciez de vous avoir sauvé la vie ?

— Je ne veux pas vous tuer, Vidal.

— Ça y ressemble, pourtant.

Un léger sourire naquit sur les lèvres de la jeune femme. Sergueï intervint à son tour.

— Explique-toi, Prisca. À quoi tu joues ?

— À votre avis, comment Nadia pouvait-elle être au courant de mon identité ? Comment et pourquoi a-t-elle fait virer Enzo de la présidence ? Et surtout comment était-elle au courant du don prodigieux des Absinthes Noires ?

Lania releva un regard effaré vers son mentor.

— Elle savait ?

— Oui. Vous avez un micro sur vous Vidal. Un micro qui lui rapportait tous nos faits et gestes depuis que vous être parmi nous.

Les regards se teintèrent aussitôt de méfiance envers le terroriste. Celui-ci regardait Prisca sans comprendre.

— Je vous assure que je ne vous ai pas trahi.

— Je n’ai pas dit que vous étiez son complice. Elle vous avait implanté le micro pendant votre sommeil. Elle tenait à vous, apparemment.

Il grogna.

— Si vous me savez innocent, pourquoi me menacez-vous toujours ?

Son sourire s’agrandit.

— Moi ? Voyons, je ne vous menace pas, je veux simplement vous débarrassez de cette émetteur/récepteur avant que quelqu’un d’autre ne s’en serve.

La voix de Sergueï résonna.

— Prisca, arrête de tourner autour du pot et fais ce que tu as à faire.

Elle lui adressa un coup d’œil avant d’acquiescer et de baisser sa lame.

— Je suis désolée, Vidal, ça risque d’être douloureux.

— Allez-y, si vous dérapez, mon fils sera là pour me venger.

Elle fronça les sourcils.

— Votre fils ?

Jared serra davantage son épaule. Elle dirigea un regard interrogateur vers lui.

— Plus tard. Enlève lui cette foutue puce.

Elle hocha la tête et tourna le visage de Vidal vers la gauche pour laisser apparaître son oreille droite. Elle dégagea les cheveux derrière le pavillon, révélant une fine cicatrice de deux centimètres de longueur

— Courage c’est juste un mauvais moment à passer.

— Je vais tâcher d’avoir votre courage face au projet Isis, ma chère. Allez-y.

Elle glissa la lame sous la peau, faisant sauter les points de la balafre. Le sang fut le premier à sortir. Mais pourquoi fallait-il que cette partie du corps saigne autant ? Elle trouva rapidement la puce, bien que celle-ci soit plus fine que la feuille de papier la plus élaborée. Elle s’aida de sa lame pour la faire sortir et la laissa tomber dans sa main vacante.

Elle se mordit les lèvres.

— Je n’ai rien pour recoudre la plaie.

— Ce n’est rien, grogna Vidal. Donnez-moi juste de quoi éponger ce maudit sang et fichons le camp d’ici.

Elle acquiesça avant de déchirer un bout de son tee-shirt et de lui tendre.

— Ça devrait faire l’affaire. Merci.

— On est quitte ?

Un sourire amusé étira ses lèvres.

— Vous avez une drôle de notion de l’équité.

Sergueï leva les yeux au ciel.

— Nous finirons cette discussion plus tard. Le van nous attend.

Il sortit, suivi de Lania, Enzo, Jared et Vidal. Prisca allait leur emboîter le pas quand Matt la retint par le bras. Elle se retourna et l’interrogea du regard. Il fit un sourire hésitant.

— J’ai un cadeau pour toi.

Il leva son sac à son niveau et l’ouvrit, laissant apparaître plusieurs blocs d’explosifs. Elle les observa longuement, avant de relever des yeux décidés vers lui. Le sourire de son amant s’agrandit.

— Alors, on se l’offre ce feu d’artifice ?

 

…oooOOOooo…

 

Deux déflagrations s’étaient déjà produites, la partie est des derniers étages et la partie ouest du rez-de-chaussée étaient en flamme. Le feu léchait goulûment les murs, gagnant rapidement et inexorablement du terrain. Une autre détonation retentit, venant alimenter l’incendie.

À quelques centaines de mètres de là, Prisca était aux premières loges du spectacle. Ses yeux ne manquaient aucune miette des évènements ; ses oreilles retenaient chaque crépitement, chaque éboulement. Elle se sentait libre, détachée. Sa mère avait eu sa vengeance, elle pouvait reposer en paix, et Prisca, elle, pourrait commencer un nouveau départ, oublier cette obsession et vivre pour elle.

À ses côtés, Matt la dévisageait avec avidité. L’incendie projetait des lueurs orangées sur son visage. Elle était déjà magnifique en temps réel, ces lueurs la sublimaient. C’était une déesse qu’il avait sous les yeux. La déesse du feu, sa déesse.

Elle se retourna vers lui et lui sourit sincèrement.

— Je t’en ai fait voir des vertes et des pas mures depuis quelques jours, hein ?

C’était une pure question rhétorique. Sa seule réponse fut une moue sarcastique. Elle continua, se retournant vers les flammes.

— Et pourtant, tu m’offres un cadeau inestimable.

Elle se tut quelque temps, avant de reprendre péniblement.

— Je pensais que tu m’en voulais, tu sais, pour Bergen. Tu aurais toutes les raisons pour cela.

Elle releva un regard interrogateur vers lui. Il soupira, avant de s’approcher d’elle, son bras contre le sien.

— Ça a d’abord été le cas, mais Lania m’a raconté, au sujet d’Acacia. Elle m’a dit qu’elle t’avait menacé.

Prisca acquiesça.

— Et puis, le fait que tu frôles la mort plusieurs fois dans la même journée m’a pas mal vrillé les nerfs, mais ça aide à accorder son pardon.

Ils échangèrent un sourire amusé.

— Cela dit, continua-t-il, ne t’avise pas de recommencer.

— Tu m’as déjà prévenue.

— Et je le ferai autant de fois que je le jugerai nécessaire.

Une autre explosion se produisit, les faisant sursauter. Matt passa les bras autour de sa taille, l’attirant contre lui, ses yeux rencontrant les siens pour ne plus les lâcher. Il poussa un long soupir. C’était le moment, il le savait, et pourtant, ce que c’était difficile.

— Prisca… Il y a une chose que je ne t’ai pas encore dite.

— Oui ? l’encouragea-t-elle.

Il se mordit les lèvres avant de soupirer à nouveau. Finalement, il prit son courage à deux mains.

— Je t’aime.

Un tendre sourire étira les lèvres de sa compagne alors qu’elle levait sa main pour caresser sa joue.

— C’était si difficile ?

Il lui rendit son sourire.

— Pas trop, reconnut-il.

Elle se hissa sur la pointe des pieds et lui murmura à l’oreille.

— Je t’aime aussi.

Il la serra plus fortement contre lui, nichant son visage dans ses cheveux. Il jeta un coup d’œil vers la lueur orangée à l’horizon.

— Tu te rappelles, il y a quelques mois tu m’as dit que ta vengeance ne serait complète que quand tu danserais sur les cendres de Biogénic ?

Il sentit son sourire contre lui.

— Et tu m’as répondu que tu danserais avec moi.

Il caressa son dos.

— C’est en bonne voie de se réaliser, pas vrai ?

Elle posa un baiser dans sa nuque.

— si, merci.

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