Le réveil – Chapitre 6

Benoît se saisit du combiné et composa nerveusement le numéro de Jean. C’était la dernière fois qu’il l’appelait. S’il n’avait pas de réponse, il se précipiterait sur place.

Les bips résonnèrent à son oreille.

— Réponds… Réponds…

Mais personne n’avait envie d’exaucer ses souhaits ce jour-là. Les sonneries retentissaient dans le vide sans que personne ne vienne décrocher. Le passeur dut se résigner. Il reposa le téléphone d’un geste lent, tentant de maîtriser l’inquiétude qui affluait dans son esprit. Une fois retrouvé le contrôle de lui-même, il se dirigea vers la salle de cours où Terry enseignait l’allemand à Jessie et ouvrit la porte à la volée. Ses compagnons le regardèrent avec surprise.

— Terry, prépare-toi, on part.

L’anglais fronça les sourcils.

— Que se passe-t-il ?

— Jean est injoignable. J’essaye de l’appeler depuis hier, je suis toujours sans réponse. Il faut aller voir de quoi il retourne.

Il acquiesça. Benoît continua :

— Prends des armes, nous n’avons aucune idée de ce que nous allons trouver sur place.

La voix de Jessie s’éleva.

— Je peux aider ?

— Vous nous aiderez plus en restant sagement ici. Terry, va directement au pick-up, je dois parler à Marianne et je te rejoins.

— Entendu.

 

…oooOOOooo…

 

Je n’avais quasiment pas bougé depuis le début de la journée. Je ne m’étais levée que pour aller déjeuner, avais à peine échangé quelques mots, et avais regagné mon banc en attendant mon cours d’autodéfense avec Benoît.

Mes réflexions tournaient en rond. J’y vais ? Je n’y vais pas ? L’hésitation me rongeait de l’intérieur. Ce n’était pas une simple décision comme choisir entre un pantalon et une jupe pour sa tenue. Ma vie était en jeu, et celle de bien d’autres personnes.

Une voix gentiment railleuse m’interrompit :

— Marianne, vous allez finir par avoir des escarres à force de rester assise ici.

Je fis la moue.

— Ce n’est pas la pire des choses qui pourrait m’arriver.

Benoît soupira silencieusement. Il s’approcha doucement et s’assit à mes côtés. Je m’attendais à entendre une nouvelle fois son discours à propos de mon attachement au passé ; que je devais laisser mon existence dans le Monde Virtuel derrière moi et aller de l’avant.

Ne me sentant pas les nerfs pour supporter une telle discussion, je pris les devants et demandai.

— Le cours va commencer ?

— Non, le cours est annulé.

Je relevai un regard surpris vers lui.

— Pourquoi ?

— Je dois partir.

La curiosité alluma mon regard.

— Vous avez découvert une autre personne sortie du Monde Virtuel ?

— Non…

Il hésita avant de révéler.

— Je suis sans nouvelle du Père Jean. Je vais aller enquêter sur place.

L’angoisse m’envahit. J’estimais beaucoup Jean. Sans lui, je ne serais pas là où j’en étais. Il m’avait guidé lors de mon réveil de la façon la plus humaine qui soit.

— Je viens avec vous, décidai-je.

— Hors de question.

— Le père Jean m’a sauvé la vie !

— Justement, il ne voudrait pas que vous la sacrifiiez maintenant. Vous n’êtes pas prête à les affronter, Marianne. Croyez-moi, vous devez rester ici.

Je le foudroyai du regard, mais acceptai.

— Bien, autre chose ?

Il fit un léger sourire.

— Effectivement, j’ai un cadeau pour vous.

Je restai stupéfaite alors qu’il me tendait un objet rectangulaire enveloppé dans des feuilles de papier.

— Pour moi ?

— Oui. Allez-y, prenez-le.

Me demandant à quoi m’attendre, je m’en saisis, et retirai délicatement l’emballage. Je découvris un manuscrit à l’épaisse couverture de cuir.

— Un livre ? Qu’est-ce que c’est ?

— Vous ne savez pas ce qu’est un livre ?

Je fis une moue agacée. Amusé de sa pique, Benoît reprit :

— C’est un livre d’histoire, expurgé de toute la propagande. En fait, c’est moi qui l’ai rédigé. Vous y trouverez les évènements de ces soixante dernières années.

J’observai la couverture d’un air émerveillé.

— C’est un cadeau inestimable. Merci beaucoup.

— Je vous en prie. Je savais que ça vous ferait plaisir.

Je lui adressai un grand sourire, me réjouissant à l’avance de ma lecture, puis redevins sérieuse.

— Pourquoi me l’offrir maintenant ?

— Parce que je ne sais pas ce qu’il va m’arriver cet après-midi. Si jamais Terry et moi ne devions pas revenir, remettez-vous en à Anthony, et quittez cet endroit. Vous n’y serez plus en sécurité.

J’avalai difficilement ma salive.

— Je vous donne ma parole.

Il hocha la tête et m’observa presque tendrement.

— Douce Marianne, ne les laissez pas vous détruire. Ne laissez pas ce monde vous détruire.

Je fronçai les sourcils. Benoît se leva brusquement et lâcha :

— Mais soyons positifs, je serai de retour dans la soirée pour votre cours et pour soigner vos escarres !

Il s’éloigna en vitesse pour éviter ma riposte.

 

…oooOOOooo…

 

Ulrich suivait le guide à travers les nombreux couloirs de ce centre de Manuels. Pendant qu’Adolf et Edwige restaient au QG SS, lui et Hank se coltinaient le repère des Manuels où avait vécu 9562692. Ils s’étaient séparés pour couvrir plus de terrain et ainsi enquêter plus efficacement. Hank restait au centre de surveillance, pendant qu’Ulrich se rendait dans tous les endroits que 9562 avait fréquentés.

— Avait-elle l’habitude de se faire remarquer ?

— Aucun Manuel ne se fait remarquer, commenta le guide, mais 9562692 était encore plus docile que les autres. C’était un vrai agneau.

Ulrich se réjouit intérieurement. Voilà qui faciliterait leur chasse.

— Que pouvez-vous m’apprendre de son histoire ?

— Elle est née dans ce centre il y a vingt-neuf ans. Sa mère est morte en couche. Comme tous ses semblables, elle a été formée dès son plus jeune âge à la confection de composants électroniques. Elle s’est électrocutée une fois à douze ans, mais ça n’a pas laissé de séquelles.

— De séquelles apparentes, mais ça explique peut-être pourquoi la puce a cessé de fonctionner.

— Quatorze ans plus tard ?

Le milicien haussa les épaules.

— Et en ce qui concerne sa vie dans le MV ?

— Pas beaucoup plus intéressante. Vie tranquille dans une famille aimante. Caractère très intègre. Méfiez-vous, ça pourrait se transformer en rébellion. Prof d’histoire.

— Des proches ?

— Ses parents, un ex petit ami.

— Ils vivent ici ?

— Son ex, oui.

— Je veux le voir.

— Très bien.

Ils arrivèrent au bout du couloir. Le guide laborantin ouvrit une porte.

— Voici le dortoir où elle dormait avec cent autres Manuelles.

Ulrich étudia les lieux. C’était toujours la même uniformité. Des murs gris, des lits en ferraille gris, des fenêtres avec barreaux. Tout était intact.

— De toute évidence, elle ne s’est pas enfuie par ici, remarqua le Danois.

Le guide se rembrunit. Ulrich fronça les sourcils.

— Je suppose que vous n’avez rien à m’apprendre de plus sur le sujet ?

— Effectivement.

— Quelle surprise ! C’est pourtant évident : vous avez un traître dans vos rangs, et je vais le trouver.

Ulrich connaissait les règles de l’intimidation. Si son interlocuteur était net, il ferait tout pour l’aider et éviter que ça lui retombe dessus, s’il ne l’était pas, la pression le pousserait à commettre des erreurs. Leur enquête était à un tournant, il en était persuadé.

 

…oooOOOooo…

 

Les cours étaient enfin finis. Anthony retrouvait avec soulagement sa chère ferme familiale. Pas après pas, il se préparait mentalement à la discussion houleuse qu’il allait avoir avec son père. Il ne devait pas céder cette fois. Après tout, il avait 17 ans. C’était assez pour prendre des décisions réfléchies et s’y tenir. Il serait bien plus utile à la ferme, à aider Terry et son père.

Mais quand il arriva dans la cour de la ferme, il ne vit que Marianne ; la fourgonnette était partie. Quand il avait rencontré la jeune femme, elle avait une fraîcheur qui l’attirait. Une fraîcheur heureuse et simple qu’il ne retrouvait pas chez ses camarades de classe. Une fraîcheur qui disparaissait de plus en plus au profit de la désillusion et de la peur.

Marianne était comme à son habitude assise sur le banc du jardin ; pensive, comme toujours. Elle l’était beaucoup trop ; ce n’était pas bon, c’était la première étape de la déprime, et au pire, celle du suicide. Il ne voulait pas y penser ; il devait lui faire retrouver le sourire, coûte que coûte.

Il s’approcha avec nonchalance et s’assit à ses côtés.

— Salut ! Quoi de neuf ?

— Rien.

Sa réponse était tombée comme la lame d’une guillotine, froide et implacable. Son regard était plaqué sur l’horizon. Cela promettait une discussion des plus agréables, songea-t-il avec ironie. Il fit un tour d’horizon et demanda :

— Où est mon père ?

— Lui et Terry sont partis à l’église du père Jean. Il y a un problème, révéla-t-elle avec angoisse.

Il fronça les sourcils.

— Quel genre de problème ?

— Je n’en sais rien ! Il ne répond plus au téléphone.

Après une hésitation, elle continua :

— Tu crois que les Nazs l’ont eu ?

Il ne répondit pas. C’était la manière la plus douce de confirmer ses craintes. Pourquoi lui mentir ? Ça aurait encore été plus mauvais de l’aider à fuir la réalité.

Elle baissa les yeux et frissonna. Anthony l’observa attentivement. Elle était pâle, et semblait à deux doigts de s’évanouir. Peut-être était-elle fiévreuse, ou atteinte d’une maladie inconnue ? C’était peut-être la raison pour laquelle quelqu’un l’avait fait sortir de son centre ? Car quelqu’un l’avait fait sortir, il n’en doutait pas. Elle n’aurait jamais pu réussir cet exploit en étant toujours esclave du Monde Virtuel.

Il porta son regard sur ses mains. Elle tenait un ouvrage artisanal. Il reconnut l’épaisse couverture de cuir brun. Il esquissa un sourire.

— Mon père t’a donné son livre. C’est un grand honneur qu’il te fait.

Elle releva un regard surpris vers lui.

— Vraiment ?

— Oui, même moi je n’ai jamais eu le droit de l’ouvrir. Il dit tout le temps que je ne l’apprécierai pas à sa juste valeur, ajouta-t-il en imitant son père.

Marianne émit un rire avant de se rendre compte de son geste et de se plaquer la main sur sa bouche, gênée. C’était à chaque fois pareil. Dès qu’un éclat de joie lui échappait, elle s’arrêtait net, comme si elle voulait le ravaler. Comme si elle venait de commettre un crime. Il détestait ça. Mais comment lui faire comprendre que même si le monde qui l’entourait était horrible, elle avait le droit à quelques moments de répit et de bonheur ? Ces instants étaient rares et fugaces : il fallait au contraire les saisir et les chérir plutôt que de les repousser. Il aurait aimé le lui faire comprendre.

— Anthony, je vais avoir besoin de toi, annonça-t-elle.

Il fit un large sourire malicieux.

— Toujours heureux de te rendre service.

— Il faut que tu m’emmènes au centre des Manuels.

Il déchanta aussitôt. Il se leva vivement, se posta face à elle et éclata.

— Mais tu es complètement timbrée ?! Tu tiens tant que ça à te faire tuer ?!

Voyant que Marianne ne réagissait pas, il insista.

— Que tu veuilles mourir, c’est ton problème. Mais il faut que tu saches qu’ils commenceront par te torturer, juste pour le plaisir de te voir souffrir. Les Nazs ne sont pas humains, Marianne, et les PMV encore moins. Si tu avais ouvert le livre de mon père, tu le saurais.

— Je croyais que tu ne l’avais pas lu.

— Je n’ai pas besoin de lire ce livre pour connaître la cruauté dont ils sont capables.

L’émotion avait rendu rauque sa voix, quelques larmes humidifiaient son regard. Il reprit son souffle rageusement, tentant de se maîtriser aussi fièrement que son père l’aurait fait.

— Ça me touche que tu soucies de moi, mais je ne changerai pas d’avis, s’obstina la jeune femme.

Il renifla.

— Tu es plus têtue qu’une mule, mais malheureusement pour moi, bien plus jolie. Pourquoi est-ce que je t’aiderais à retourner à l’abattoir ?

— Parce que sinon, je m’y rendrai toute seule, et que j’aurai beaucoup moins de chance de m’en sortir vivante.

Il soupira et se rassit, prenant le temps de réfléchir. Marianne ne le brusqua pas, même si les secondes filaient. Une dizaine de minutes plus tard, Jessie sortit de la maison et les rejoignit.

— Oh, bonjour Anthony, je ne pensais pas que tu étais rentré.

— C’est la première fois que je me dis que j’aurais mieux fait de rester à l’école quelques heures de plus, rétorqua-t-il, le front soucieux.

L’américaine fronça les sourcils.

— Que se passe-t-il ?

— Marianne a perdu la raison. Elle veut retourner au Centre de Manuels.

Jessie tourna un regard effaré vers sa camarade.

— Pourquoi ?

— J’ai besoin de réponses. J’ai besoin de comprendre.

Elle la fixa intensément puis acquiesça lentement.

— Je t’accompagne.

Anthony resta stupéfait.

— Quoi ?

— Je sais ce que c’est de se sentir perdue, doublement. On ne peut rien reconstruire dans cet… state of mind. Si c’est ce dont Marianne a besoin to get through this, je me dois de l’aider. Et puis, je ne supporte plus de rester sans rien faire.

— Deux cinglées, j’ai affaire à deux cinglées…

— Tu sais conduire ? demanda Marianne à Jessie, ignorant l’adolescent.

L’américaine fit la moue.

— Seulement les automatiques. Et toi ?

— Non, j’ai toujours eu horreur de ça.

D’un même mouvement, elles se retournèrent vers Anthony. Il soupira. Évidemment qu’il savait conduire ! Son père lui avait appris dès qu’il avait été assez grand pour atteindre les pédales. Mais il n’avait jamais conduit le pick-up de Terry. Et devait-il conduire ces deux femmes vers une mort certaine ? Il serra les dents, se sentant déjà céder sous les regards insistants des demoiselles. Il poussa un nouveau soupir.

— Mon père va me tuer… si les Nazs ne le font pas avant.

 

…oooOOOooo…

 

Il ne restait presque plus rien de l’église. Mis à part un morceau de mur du transept nord, tout avait été réduit en cendres. Benoît et Terry contemplaient cette vision de désolation dans un silence pesant. Ils firent quelques pas, maîtrisant tant bien que mal l’impuissance qui les rongeait, puis Benoît laissa libre cours à sa fureur.

— Saloperies de Nazs ! hurla-t-il en donnant un violent coup de pied sur une pierre qui jalonnait la route.

Il ne marqua pas la douleur. Il la méritait pour avoir laissé ça se produire. Il aurait dû insister davantage auprès de Jean pour le pousser à se réfugier chez lui tant qu’il en était encore temps. Terry s’approcha. Il paraissait si serein. Il y avait des fois où Benoît le détestait d’adopter cette attitude en toutes circonstances.

— Ne crie pas comme ça, fit le britannique, tu risques d’attirer quelqu’un.

Le français grommela.

— Il n’y a personne dans les parages mis à part ces corbeaux. Tout le monde a fui depuis longtemps.

— Et on ferait bien d’en faire autant, les Nazs risquent de revenir d’un instant à l’autre.

— Je veux d’abord faire un tour d’horizon. Ils ont peut-être laissé un indice.

— Un indice de quoi ? Qu’espères-tu trouver ici à part des cendres ?

Benoît s’emporta et se retourna vivement vers son compagnon.

— Ce que j’espère trouver ? Rien justement ! Et surtout pas un cadavre ! Je veux trouver de l’espoir que Jean soit toujours en vie ! Tu peux comprendre ça ou est-ce que toute trace d’humanité a disparu de toi quand tu es sorti du Monde Virtuel ?

Le regard de Terry s’assombrit. Il défia Benoît quelques temps. Il n’était pas aussi froid que l’homme le prétendait, mais seul ce masque le protégeait, c’était son armure. Mais peut-être n’en avait-il pas besoin dans ce moment précis, avec ses amis ? Plutôt que de le reconnaître, ou de s’appesantir davantage sur ce sujet, il détourna Benoît et se dirigea vers les ruines.

— Allons-y.

Le français le suivit du regard attentivement. Il avait confiance en Terry, même s’il ne comprenait pas toujours ses choix. Il savait que jamais il ne le trahirait. Il se dépêcha de le rejoindre. Le britannique avait raison sur un point, il ne valait mieux pas traîner.

Les deux hommes traversèrent le cimetière dans cette ambiance sinistre. Les corbeaux croassaient, quelques nuages de cendres volaient encore, quelque fois. La lourde cloche de fonte s’était écrasée sur une imposante pierre tombale, fendant le marbre. Terry frissonna. Il avait toujours détesté les cimetières, que ce soit dans le MV ou dans le monde réel. La voix de Benoît interrompit le cours de ses pensées.

— À ton avis, de quand date l’incendie ?

— Une semaine, je dirais.

— C’est aussi ce que je pense.

— Les PMV ?

— Ce ne sont pas leurs méthodes, je penche plutôt pour les SS.

Ils arrivèrent dans ce qui était autrefois la nef. Là encore quasiment rien n’avait été épargné. Le sol carrelé était noir de suie, le mobilier était en cendres, ainsi que les hauts murs de pierre. L’ouverture de la crypte, semblable à l’antre des enfers, était béante, n’étant plus protégée par l’autel. Ses relents se diffusaient à l’air libre. Benoît fit la grimace, mais continua tout de même à avancer. À contre cœur, il se laissa glisser dans le souterrain. Il n’y trouva que des débris, des restes de vaisselles et de linges à demi calcinés. Il ressortit avec soulagement.

— Personne. Il y a une chance qu’il soit encore en vie.

— Est-ce une chance d’être entre les mains des SS ?

— Sans aucun doute si on le sort de là. Rien ne vaut la vie. Je vais joindre mon contact au QG SS.

Terry leva les yeux au ciel.

— Tu lui fais encore confiance ?

— Il ne m’a jamais trahi, et je ne suis pas stupide. Il ne sait pas qui je suis.

— Ton déformateur de voix et tes précautions ne suffiront pas toujours.

— Je ne suis pas un adepte de l’attentat suicide comme toi.

Le britannique serra les dents.

— Tous les communistes ne sont pas des terroristes.

Benoît haussa les épaules.

— Si tu le dis… Allons-y, je ne capte pas ici.

Il sortit du squelette de l’église, hâtant le pas. Cette atmosphère l’étouffait. Il avait horreur quand les évènements se précipitaient ainsi. Ce n’était jamais un bon présage.

 

…oooOOOooo…

 

Ulrich observait le Manuel imprimer un circuit électrique de manière rapide et machinale. Ces vermines étaient tout juste bonnes à exécuter ces basses tâches. Il ne voyait vraiment pas pourquoi on les aurait laissés en liberté. Il y avait déjà assez de problèmes à gérer à l’extérieur, les nippons, les ritals, pour ne citer qu’eux. Heureusement que lui et les PMV étaient là pour s’occuper dans l’ombre de ces sombres affaires. Il était fier d’œuvrer pour la grandeur de sa nation. Car l’éclat de la Nation rejaillissait sur tous ses ressortissants, c’était connu. Il s’assit en face du Manuel et jeta un coup d’œil interrogatif à Hank qui s’affairait à ses côtés.

— C’est bientôt prêt, indiqua-t-il en finissant les branchements.

— Vas-y, autorisa Ulrich.

Hank s’approcha et installa une sonde sur le crâne du PMV, juste au-dessus de l’oreille gauche, sur un morceau de peau rasé. À l’évidence, ce n’était pas la première fois qu’ils avaient recours à une telle méthode. Hank reprit la parole.

— Fais-moi signe quand tu seras prêt.

Le jeune PMV acquiesça. Il fixa le Manuel face à lui. Ce dernier n’avait toujours pas remarqué sa présence ; ça n’allait pas durer. Il fit signe à son collègue qui alluma la télécommande qu’il tenait dans sa main. Ulrich plongea dans le Monde Virtuel.

Quelques secondes plus tard, il était un policier français, habillé de l’uniforme bleu habituel. Ces sauts dans le MV l’étonnaient toujours, même s’il commençait vaguement à s’y habituer depuis son arrivée dans les PMV. Il avait déjà joué plusieurs personnages, mais devait avouer qu’il avait un faible pour les policiers. Après tout, un interrogatoire dans le MV n’était pas très différent de ce qu’il pratiquait dans le monde réel. Il releva la tête vers le Manuel. Ici, il s’appelait Pierre, se rappela-t-il. Le jeune homme était assis à la table des interrogés. Un gobelet de café fumait à ses côtés sans qu’il n’y touche. Il n’était pas suspect dans cette affaire, la police voulait juste quelques informations sur la disparition de la jeune Marianne. Il n’y avait rien de plus facile que de manipuler l’esprit des Manuels. Ils détenaient des réponses sans même le savoir. Malgré les nombreux progrès de la puce et de la conception du MV, de nombreuses similitudes existaient entre les deux mondes, qu’heureusement les Manuels n’étaient pas à même de décrypter.

Pierre, puisqu’il devait l’appeler ainsi, jetait des coups d’œil angoissé autour de lui. Il ne devait pas avoir l’habitude de fréquenter les commissariats. Il était prof, lui aussi, nota-t-il mentalement.

— Vous n’avez toujours aucune nouvelle ? demanda le Manuel avec inquiétude.

— Non hélas, mais vous êtes ici pour nous aider à la retrouver. C’est ce que nous voulons tous.

— Bien sûr ! Elle me manque… Je n’arrive pas à comprendre qui aurait bien pu l’enlever.

— N’imaginez pas tout de suite le pire, fit Ulrich, jouant à fond son rôle de policier compatissant. Cela dit, avait-elle des ennemis ?

— Pas à ma connaissance. C’était… C’est une femme très douce, très humaine. Je l’ai rarement vu en colère contre quelqu’un. Elle essaye toujours de voir le meilleur en chacun, de mettre ses défauts de côtés pour le comprendre. Elle disait toujours que si tout le monde agissait comme elle, il n’y aurait pas de guerre dans le monde.

Ulrich ne put s’empêcher d’esquisser un rictus sarcastique. Pierre continua.

— J’imagine qu’elle est un peu naïve sur les bords, mais je préfère la qualifier d’utopiste.

— C’est un synonyme. Vous ne pensez pas que quelqu’un aurait pu profiter de cette naïveté ?

Pierre prit quelques instants pour réfléchir.

— Je ne sais pas. Après tout, il y a des fous partout. Mais, encore une fois, elle n’avait pas l’air spécialement inquiétée.

Ulrich hocha la tête, réfrénant son énervement. Cet interrogatoire ne menait à rien, c’était désespérant ! Il poursuivit :

— Vous n’avez remarqué aucune modification chez elle avant sa disparition, ou dans sa vie ?

Le Manuel se gratta le front.

— Et bien… Elle semblait plus fatiguée ces derniers temps. Elle avait souvent des nausées aussi ; ce sont ses élèves qui me l’ont fait remarquer.

Il réfléchit encore de longues minutes. Le PMV ne le brusqua pas. Il avait déjà une part de réponse ; 9562 était malade d’il ne savait quoi… Si seulement ça pouvait lui être fatal, ça leur faciliterait le travail. La voix de Pierre interrompit ses pensées.

— Maintenant que j’y repense, il me semble que le responsable de l’infirmerie lui tournait un peu plus autour ces derniers temps.

Ulrich releva un regard intéressé vers lui.

— Le responsable de l’infirmerie ?

— Un brave homme. Un peu taciturne, mais aimable…

— Vous connaissez son nom ?

— Armel Gaillard. Vous pensez que c’est lui qui l’aurait enlevé ?

— C’est ce que je vais tout de suite aller vérifier, dit-il en portant la main à sa tempe gauche.

Quelques millièmes de secondes plus tard, il était de retour dans le monde réel. Il cligna des paupières pour s’accoutumer à sa nouvelle vision, puis se retourna vers le responsable du centre qui assistait à l’interrogatoire.

— Est-ce qu’un Armel Gaillard travaille pour vous ?

— Je dois vérifier nos registres. Nous avons à peu près 200 employés, je ne connais pas le nom de tous.

— Il va probablement falloir faire plus que ça. Si votre taupe est maline, elle n’aura pas donné son vrai nom dans le Monde Virtuel. Mais nous trouverons peut-être un indice. Ne perdons pas de temps, lança Ulrich.

Il sortit sans adresser un regard au Manuel.

 

…oooOOOooo…

 

Schmidt le balança violemment dans sa geôle minuscule et claqua la porte derrière lui. Recroquevillé sur le sol, Jean n’avait plus envie de bouger. On lui avait toujours dit que faire le mort était la meilleure façon de survivre aux Nazs. Il s’y était refusé jusque-là, mais il n’en pouvait plus. Il avait assez payé. La seule chose qu’il pouvait faire désormais, c’était emporter ses secrets dans la tombe.

L’obscurité l’angoissait ; elle l’avait toujours angoissé depuis ce jour d’enfance où sa vie avait basculé. Ce jour où il avait tout perdu ; ce jour où il avait trouvé seul réconfort dans la foi, où il avait décidé d’y consacrer son existence. Il n’avait que sept ans à l’époque, et pourtant, les évènements étaient ancrés dans sa mémoire avec une vivacité féroce.

Il frissonna. Il détestait se les rappeler, et pourtant, c’était un devoir de mémoire auquel il devait se soumettre. L’appel du père Denis résonnait encore dans son oreille.

— Jean ! Dépêche-toi, viens ici !

Le garçonnet se retourna. Du portail de l’église romane du village, le curé l’attendait. Jean aimait bien le père Denis. Il n’était pas trop sévère, pour un prêtre, et il traitait bien ses enfants de chœur. Il avait insisté pour que Jean en fasse partie, et il lui donnait même quelques bonbons en cachette parfois, après la messe. Jean se hâta de le rejoindre.

— Oui, mon père ?

L’homme d’une soixantaine d’années le regarda avec inquiétude. L’enfant représentait une innocence qui avait disparu depuis longtemps dans le monde alentours. Une innocence qui serait bientôt violée s’il ne le protégeait pas ; et les Nazs arrivaient.

— Tu te rappelles ce que je t’ai dit sur les Nazs qu’il ne faut répéter à personne ?

Il hocha la tête.

— Tu te rappelles qu’il vaut mieux éviter de les croiser, surtout quand ils sont en groupe ?

— Je m’en souviens.

— Ils vont venir aujourd’hui. Tu dois te cacher.

Le petit ne cacha pas sa peur, mais acquiesça.

— Mais, et vous ? Et mes parents ?

— Il va falloir te montrer courageux. Tu seras seul dans l’église. Tous tes camarades ont déjà été envoyés chez des proches, loin d’ici. Nous, nous resterons dans le village. Il ne nous arrivera rien. Reste bien caché jusqu’à ce que tu n’entendes plus aucun bruit. C’est compris ?

— Oui, mon père.

— Entre dans le confessionnal.

Il le regarda avec tendresse.

— Tu as un bon cœur, Jean. Garde-le toujours, ne laisse personne te changer.

L’enfant le regarda sans comprendre, puis sous l’insistance du curé s’enferma dans le confessionnal. Le noir complet, il avait peur. Il se recroquevilla, glissant ses jambes pliées sous son menton, s’entourant de ses bras.

— Et maintenant, plus un bruit, fit Denis.

Il entendit ses pas décroître puis un silence lourd, pesant tomba comme une chape. Il tremblait. Il essaya de se raisonner, il ne devait émettre aucun bruit, mais la peur s’était emparée de lui. Il n’aimait pas être enfermé, il préférait le grand air. En ce moment même, il aurait pu courir dans les champs, ou faire peur à Laure, la petite fille qui gardait le troupeau de vaches de ses parents. Sauf que Laure était partie avec les autres enfants, dans le convoi, avant-hier. Les parents de Jean n’avaient pas voulu l’envoyer. Jean ne comprenait pas pourquoi.

Il entendit soudain le bruit de beaucoup de véhicules qui arrivaient rapidement. Sa respiration se bloqua. Ses yeux ne pouvant voir, son audition devenait plus forte. Il avait peur, mais sa curiosité l’emporta. Il se concentra sur les sons.

Des hommes étaient sortis des véhicules. Il entendait leurs pas chargés et rapides. Et puis des voix autoritaires résonnaient. Il n’aimait pas ça.

Les pas tapaient forts sur les pavés. Ils étaient précipités, confus ; ça en devenait assourdissant. Jean se colla les mains sur les oreilles et essaya de perdre la notion du temps. Soudain, un son plus sec que les autres claqua comme un coup de fouet. Jean se redressa en sursaut et écouta. Le son se reproduisit en rafale. Les larmes coulèrent sur les joues de l’enfant. Ce n’était pas un fouet, c’étaient des mitraillettes.

Il se recroquevilla contre la paroi, contre cette prison qui devenait à présent son cocon. Il blottit sa tête dans ses bras. Il ne voulait plus percevoir. S’il oubliait le monde, le monde finirait peut-être par l’oublier.

Il resta ainsi pendant un temps qui lui parut affreusement long, puis finit par se redresser. Le silence était revenu. Il hésita très longtemps, puis sortit de sa cachette.

 

L’image du massacre du village resterait pour toujours dans la mémoire de Jean. Il était le seul survivant. Il n’oublierait jamais comment les rayons du soleil fouettaient les corps en charpie, comment ils faisaient briller les rivières de sang qui s’écoulaient dans le caniveau.

Il avait hurlé jusqu’à ce que ses cordes vocales ne répondent plus. La suite était plus floue. Il avait quitté le village et marché jusqu’à retrouver la civilisation. Comment il avait survécu durant ce périple, il l’ignorait. Mais il était sûr d’une chose. Dieu l’avait épargné ce jour-là pour qu’il suive Son chemin. Il avait obéi.

 

…oooOOOooo…

 

Je regardais défiler le paysage. La boule dans ma gorge ne cessait de m’oppresser. J’allais finir par étouffer. Mon regard dériva vers Anthony, voulant échapper à la succession de champs asséchés. Le jeune homme conduisait prudemment, ce qui ne l’empêchait pas parfois de faire des écarts malencontreux.

Il grimaça quand la cinquième eut du mal à passer. La voiture cahota quelques secondes avant de reprendre son rythme de croisière.

À l’arrière, Jessie jouait avec les cheveux de sa perruque blonde ; triturant les mèches entre ses doigts, allant même jusqu’à se faire une fausse moustache. Je levai les yeux au ciel. Je n’en faisais pas tout un tas avec ma perruque noire. Je me demandais parfois si l’américaine n’était pas dérangée.

Jessie éclata soudain de rire en apercevant son reflet dans le rétroviseur.

— Je me demande ce que les Nazs ont avec les cheveux blonds. C’est affreux sur moi !

Je me retournai vivement vers elle, offusquée.

— Comment peux-tu encore rire dans cet enfer ?

Le sourire de Jessie s’effaça. Elle me regarda comme si j’étais une enfant qui avait encore tout à apprendre.

— Ils ont déjà détruit ma vie. Je ne les laisserai pas détruire mon âme.

Je penchai la tête de côté, observant pensivement ma nouvelle amie. Sa remarque m’avait surprise. C’était profond, il fallait que je médite là-dessus. La voix d’Anthony interrompit le cours de ses pensées.

— On arrive.

Je me redressai, curieuse de découvrir le paysage alentours.  Je me figeai en découvrant un parking à demi rempli accolé à un restaurant. Il y avait un peu de passage, mais ce n’était pas bondé. J’adressai un regard effaré à l’adolescent.

— C’est ici ?

Il haussa les épaules.

— Il faut bien que les employés mangent. Le centre est sur ta gauche.

Mes yeux quittèrent Anthony pour se fixer sur l’arrière-plan. Je frissonnai. À un peu moins d’un kilomètre, toute une série d’entrepôts, de granges et de bâtiments à l’architecture plus développée s’étendait sur une bonne surface. Tout ce gris tranchait dans le bleu pur du ciel. Le contraste était saisissant entre la froideur du paysage et les bruits joyeux du restaurant à proximité.

Je fronçai les sourcils.

— Pourquoi t’es-tu arrêté ici ?

— Parce que c’est là qu’on va se garer. Ça paraîtra moins suspect. Nous rejoindrons le centre par un bosquet qui s’arrête à quelques mètres du grillage. C’est l’endroit le moins surveillé.

Une fois stationné, il posa ses mains à plat sur le volant, poussa un profond soupir et demanda :

— Tu es sûre de vouloir faire ça ?

J’acquiesçai énergiquement. Jessie se pencha pour mieux voir.

— Je regrette déjà de m’être faite embarquer dans cette histoire… lâcha-t-elle en fixant les hauts murs gris.

— C’est toi qui m’as proposé de venir, ripostai-je.

— Je sais bien…

Anthony ouvrit sa portière.

— Bon, cessons de tergiverser, c’est suspect de rester trop longtemps dans cette voiture. N’oubliez pas vos sacs.

Nous attrapâmes nos sacs à dos et sortîmes à notre tour. Nous fîmes quelques pas sur le parking, nous délassant les jambes. Anthony nous étudiait. Il sembla satisfait de notre déguisement. Je ne me leurrais pas cela dit : de près, ça ne ferait pas illusion. Il attrapa délicatement mon bras.

— Suivez-moi de près, et surtout, peu importe ce que je vous dis, vous m’obéissez tout de suite, compris ?

Nous acquiesçâmes.

— Je veux vous entendre le dire.

— Compris, fit Jessie sans hésiter.

Ma réponse se fit plus longuement attendre, mais finit par arriver. Anthony surveilla les alentours, puis nous fit traverser la route et entrer dans le bosquet. Nous commençâmes notre marche vers le centre avec discrétion.

 

…oooOOOooo…

 

La suite de l’enquête était entre ses mains. Adolf observait Edwige attacher fermement le père Benisti à un fauteuil de consultation. Le prêtre n’en menait pas large. Sa soutane était pleine de boue et déchirée en de nombreux endroits ; son visage couvert d’hématomes, ses lèvres tuméfiées. Schmidt était un barbare. Au moins, les méthodes des PMV ne laissaient aucune trace… physique. Seuls les plus forts psychologiquement pouvaient se remettre d’être passés entre les mains d’Edwige. D’ailleurs, les autres ne le méritaient pas ; ce n’était pas son problème.

Il s’approcha d’un pas tranquille vers le fauteuil, les mains dans le dos, pendant que sa coéquipière continuait ses installations.

— Benisti… Je sais que les curés doivent garder le secret professionnel, mais je ne pensais pas que vous vous tairiez si longtemps.

La victime ne répondit pas, se contentant de le défier avec orgueil. Elle emporterait cet orgueil dans la tombe si elle s’obstinait ainsi !

— Au fait, vos musulmans ont été exécutés ce matin. Ils vous maudissaient de tous les noms. Après tout, c’est de votre faute s’ils ont attendu avant de prendre la navette pour la frontière africo-japonaise.

Le regard de Jean se durcit. Enfin une réaction ! Adolf aurait préféré qu’il ouvre la bouche, mais c’était déjà un début. Il casserait sa résistance ce soir, il en était persuadé.

— J’espère pour vous que vous n’êtes pas devenu muet, sinon la séance qui va suivre risque d’être plus pénible que prévu. Les sondes que cette jeune demoiselle vous installe sur le crâne fait partie d’une machine appelée Psymulation. Elle a été inventée par nos services il y a quelques années. Elle nous est très utile d’ailleurs, ajouta-t-il en adressant un sourire complice à Edwige.

Cette dernière était retournée à sa console de contrôle, baissant ou montant quelques commandes. Le regard de Benisti passait de l’un à l’autre. Il ne s’attendait manifestement pas à ce qu’Adolf parle autant. Le bourreau continua :

— Plus concrètement, la Psymulation agit sur les ondes du cerveau. Elle créée une nouvelle réalité, un nouveau vous, et elle vous fait vivre ses aventures. On peut comparer ça à un jeu vidéo. Bien entendu, dans la vraie vie, vous ne bougerez pas de cette chaise.

Jean écoutait les propos de Kahn. Il ne pouvait rien faire d’autre, il était à moitié anesthésié par la douleur de la pose des sondes. Dans son beau discours, le PMV n’avait pas dit qu’il fallait lui percer le crâne pour implanter les sondes. Cet homme était un beau parleur. Tergiversant, bavardant pour mieux perturber le prêtre ; mais Jean savait que la vraie torture était à venir. Il ne parlerait pas. Les coups, les brimades, les privations, les noyades ; rien ne l’avait fait craquer. Ça n’arriverait pas ce soir, quoiqu’en dise ce chien de PMV.

Un sourire sadique naquit sur les lèvres d’Adolf.

— Mais je suis d’accord avec vous, les mots ne sont jamais assez clairs pour expliquer un concept. Je préfère les démonstrations. Edwige ?

Jean vit la PMV abaisser un levier de sa console et l’obscurité s’abattit autour de lui.

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