Le réveil – Chapitre 7

Il avait parlé. Ces trois mots se répétaient inlassablement dans son esprit, renforçant son sentiment de déchéance. Il n’était plus un homme de Dieu, et encore moins un homme. Il se sentait étranger à lui-même. Le père Benisti était mort ; Jean aussi. Paix à leur âme. Ne restait plus que cet amas de chair, de sang, et de sentiments à vifs. Un amas devenu incapable de songer à la moindre action, mais toujours pourvue d’une conscience, qui avait pris le rôle du bourreau.

Il avait parlé. La culpabilité est la plus lancinante douleur qui existe en ce monde ; et ce sont toujours les meilleurs qui en sont pourvus. Le monde est injuste. Mais est-il vraiment un homme de bien au fond ? Il ne sait plus. Il croyait se connaître ; cet état de fait est révolu. Qu’est-il ? Aucune réponse ne lui vient.

La torture de l’esprit est des plus efficaces ; elle peut réduire à néant un homme en moins de deux. Les Nazs étaient passés maîtres à ce jeu-là.

Ses souvenirs étaient morcelés, mais pas moins intenses pour autant. Ces flashs étaient de vrais coups de couteaux dans le dos. Étaient-ils vraiment réels ? Était-ce vraiment sa vie ? Était-ce vraiment lui ?

Cette main armée plongeant une lame dans la chair d’un innocent, regardant le sang et la vie s’enfuir avec sadisme. Était-ce lui ? Cette voix ordonnant le massacre d’un village entier. Était-ce lui ? Ce prêtre entraînant cet enfant dans la sacristie pour abuser de lui. Était-ce lui ?

Aucune réponse. Ce doute allait le rendre fou. Rectification. C’était déjà fait.

Jean se prit la tête dans ses mains et serra de toutes ses forces. Il ne voulait plus penser, plus entendre les voix des militaires qui se préparaient.

Il n’était pas sûr d’avoir commis tous les actes qui hantaient sa mémoire. Cependant, une chose était certaine. C’était bien lui qui avait craqué et trahi ses amis. C’était bien lui qui les entraînait vers la mort. Il n’y avait aucun pardon.

Les SS allait bientôt mettre fin à sa propre vie. Il le méritait.

 

…oooOOOooo…

 

On y était. Les arbres s’arrêtaient net devant le grillage délimitant le centre. Je ne pouvais détacher mes yeux de ces immenses hangars gris, de ces cours bétonnées uniformes, de cette standardisation de la vie. C’était impossible, je n’avais pas pu passer les 29 années de ma vie dans un tel lieu. Je me rappelais encore la douceur de l’air, la fraicheur onctueuse de l’eau, la chaleur du soleil. C’était impossible et pourtant réel. Le monde des perceptions est vraiment étrange.

— C’est bizarre qu’ils aient laissé cette partie du centre à couvert sous les arbres, non ? intervint Jessie.

Anthony haussa les épaules. Cette fausse nonchalance ne trompait personne. L’angoisse ne l’avait pas quitté.

— Ils pêchent par excès de confiance. Ils se disent que personne n’est assez fou pour venir jusque-là. Jusqu’à aujourd’hui je leur donnais raison, ajouta-t-il en me jetant un regard appuyé.

Je ne relevai pas, continuant à fixer ce que j’avais horreur de définir comme ma « maison ». Un silence tendu s’abattit sur notre groupe. Impatient, Anthony finit par le rompre.

— Et maintenant, que fait-on ? Tu ne peux tout de même pas toujours espérer t’introduire là-dedans ?

Je me retournai vivement pour le fusiller du regard. Les mots si justes de l’adolescent me renvoyaient à ma propre impuissance. Mais je ne voulais pas entendre raison. C’était trop dur.

— Je dois le faire, Anthony. Mais vous n’êtes pas obligés de m’accompagner. Je sais que c’est du suicide, mais je n’ai pas le choix. Je ne pourrai pas continuer à vivre en laissant tout ça derrière moi.

— Tu ne vivras pas non plus si tu y retournes, s’entêta le jeune homme.

Jessie nous regardait comme si elle assistait à un match sur le court de Rolland Garros. Cela aurait sans doute été très divertissant si les enjeux n’étaient pas si graves. Elle reporta ses yeux sur le centre et frissonna. Je l’imitai. À à peine deux mètres du grillage, un haut bâtiment en pierre s’élevait, courant sur une cinquantaine de mètres. Les bâtiments étaient organisés en rang d’oignons, mais les lieux étaient déserts. Jessie intervint.

— Marianne, tu es sûre d’y avoir bien réfléchi ?

Je contractai la mâchoire, déterminée.

— Certaine.

Anthony et Jessie échangèrent un regard découragé. Je me ravançai vers eux, retrouvant l’ombre des arbres et jetai un regard vers Anthony.

— Tu es sûr que ce grillage n’est pas électrifié ?

Il hocha la tête en me répliquant qu’une électrocution était ce qui pourrait m’arriver de mieux. Je fis glisser mon sac de mon dos, l’ouvris et en sortis une paire de tenaille. Force était de constater que ma nouvelle vie m’amenait à faire des choses que je n’aurais jamais imaginé accomplir. La jeune fille sage que j’avais toujours été n’aurait jamais pensé un jour briser un grillage pour s’introduire en fraude dans une zone interdite… au péril de sa vie. Je pris profondément ma respiration, évitai de croiser le regard de mes compagnons, et me mis à ma tâche.

Les mailles étaient solides, mais moins que ma volonté. Une à une, elles cédèrent, laissant bientôt une ouverture permettant à un homme de circuler.

Je déglutis difficilement, je ne pouvais plus reculer maintenant. C’était pourtant ce qu’une partie de moi me hurlait depuis un long moment. La fillette apeurée en moi me suppliait d’être raisonnable et de retourner à la ferme me planquer sous les couvertures. Mais cette part de moi n’avait plus le contrôle de mon cerveau. Seule la partie inconsciente et téméraire était aux commandes. Un caractère que je ne croyais pas posséder.

Perdue dans mes pensées et mes doutes, je restais immobile. Je sentis soudain une main sur la mienne, quelqu’un me retirant mon outil. Je levai les yeux pour découvrir Anthony, les traits résolus.

— Tu ne peux pas y aller seule. Je t’accompagne.

Je levai un sourcil.

— Non, tu es stupide.

— Presque autant que toi.

Un sourire en coin fleurit sur ses lèvres, détonnant dans ce visage fermé. Le jeune homme avait pris sa décision lui aussi ; et chacun sait que faire changer d’avis un adolescent est une des choses les plus difficiles au monde. J’en avais déjà fait l’expérience ; et je devais bien admettre que l’avoir à mes côtés me rassurait. Je jetai un coup d’œil à Jessie. Cette dernière pinçait les lèvres, ce qui détonait avec son air enjoué habituel.

— Je vous attends ici, indiqua-t-elle. À trois, il nous repérerait plus facilement. Ne vous faîtes pas remarquer inutilement.

— Compte sur moi, fit Anthony en hochant la tête.

Il sortit un long couteau coincé sous sa ceinture. J’espérais qu’il n’aurait pas à s’en servir, mais le contraire était plus que probable. Il me fit un signe de tête.

— Suis-moi.

J’acquiesçai et on s’engouffra dans la fente.

On avança, lentement, prudemment. Mes membres semblaient peser des tonnes. Je me mouvais comme un vieux robot à la mécanique rouillée. Je n’étais pas à mon aise. L’atmosphère était lourde, malsaine, orageuse… terrifiante. La petite fille en moi retrouvait ses cauchemars, ceux dont on a beau savoir qu’une chose affreuse est sur le point de se produire, on est obligé d’avancer, et d’avancer encore.

Les lieux étaient déserts, toujours et éternellement. C’était trop calme. Une image absurde me vint en tête. Celle de ces duels magnifiquement orchestrés et répétitifs des westerns. Le silence, le vent qui souffle entraînant poussière et buissons, les bruits des pieds bottés sur la terre sèche. Mais où étaient les Dalton ? Un éclat de rire nerveux s’échappa de mes lèvres, m’attirant le regard ahuri de mon compagnon. Il me prenait pour une folle. Mais peut-être l’étais-je réellement après tout. Depuis mon réveil dans ce monde contrôlé par les nazis, j’avais l’impression de nager en plein brouillard, en pleine absurdité.

Soudain, une voix inconnue me fit sursauter.

— Que faîtes-vous là ? Êtes-vous totalement idiote ?

La peur m’enserra le cœur quand une main m’attrapa le poignet. La force de la poigne m’empêcha de me retirer. Je déviai rapidement mon regard pour découvrir un homme d’une quarantaine d’années, au visage qui me rappelait vaguement quelqu’un, mais qui ? La réflexion m’immobilisa, ce qui ne fut pas le cas d’Anthony. Il se faufila agilement entre nous et glissa sa lame sous la gorge de l’inconnu. Celui-ci lui adressa un regard à peine paniqué.

— Arrêtez, je ne lui veux aucun mal.

Un rire cynique lui répondit.

— À qui espérez-vous faire avaler ça ?

L’homme ne se démonta pas, détourna son attention de l’adolescent pour plonger son regard dans le mien.

— C’est la vérité. Je m’appelle Gérard Maillal, mais vous me connaissez sous le nom d’Armel Gaillard. C’est moi qui vous ai fait sortir du centre.

— Pourquoi est-ce qu’on vous croirait ? fit Anthony.

Ma réaction fut tout autre. Le nom de l’homme fut la clé permettant de me faire retrouver mes souvenirs.

— Armel Gaillard… Vous travailliez à l’infirmerie du collège, non ?

— En quelque sorte, oui.

J’hésitai. Cet homme ne m’avait jamais fait aucun mal, de ce que j’en savais. Ces derniers temps, il s’était même montré plutôt sympathique.

— Lâche-le, ordonnai-je à Anthony.

— Hors de question. Même s’il nous dit la vérité, ce n’est pas pour autant qu’il ne va pas nous planter un coup de couteau dans le dos. S’il a quelque chose d’autre à dire, qu’il le fasse ici.

« Sous-entendu : dépêche-toi de l’interroger. », décodai-je. À vrai dire, la seule vraie question qui m’intéressait était la suivante :

— Pourquoi m’avez-vous fais sortir d’ici ?

— Vous ne le savez toujours pas ? Vous êtes enceinte, Marianne.

 

…oooOOOooo…

 

Adossé à sa fourgonnette, Terry observait son compagnon de route. Depuis plus d’une dizaine de minutes, Benoît était vissé à son téléphone cellulaire. Il discutait avec son contact du SS Center. Le britannique fit une grimace contrariée pour la énième fois de la journée. Il n’aimait rien de ce qui était en train de se produire. Tout se précipitait, ils en venaient à prendre des décisions irréfléchies. À ce train-là, ils allaient se faire prendre et finiraient fusillés sur la place publique, au mieux. Il n’avait pas survécu dix ans pour finir comme ça, tout ça pour un prêtre, aussi utile et amical qu’il soit. Il avait beau être Résistant, il n’avait pas en adoration le sacrifice inutile, surtout quand ce sacrifice était sa propre vie.

Il croyait en la victoire. Il croyait en la destruction du MV. Il voulait voir ce nouveau monde qui en ressortirait. Alors qu’on le traite d’égoïste s’il ne tenait pas à mourir cette nuit.

Benoît raccrocha enfin et le rejoignit en quelques pas.

— Jean se trouve là-bas depuis quelques jours. Ils ont trouvés des fugitifs musulmans dans l’église. Peine capitale. Ils doivent le fusiller demain. Mon contact va le faire sortir à minuit. Nous devons y être.

Terry contracta la mâchoire.

— Tu es sûr de toi ?

Le regard déterminé du français croisa le sien.

— Certain. Jean est un ami très cher. Je ne l’abandonnerai pas. Cela dit, je te laisse le choix. Tu ne me dois rien. Tu es libre de partir dès maintenant, comme tu l’as toujours été.

Un silence s’abattit, les regards communiquent parfois mieux que les mots. Celui de Benoît était fort, assuré ; celui de Terry plus dubitatif, plus pensif.

— Je reste, finit-il par déclarer. On ne sera pas trop de deux pour récupérer Jean et s’occuper des deux miss qui attendent chez toi.

Les lèvres du passeur s’étirèrent en un sourire reconnaissant. Sa main serra la sienne.

— Merci, mon ami. Maintenant, en route !

 

…oooOOOooo…

 

Le soleil se couchait, plongeant le monde dans cette atmosphère entre chien et loup. La cour du SS Center tremblait sous les pas des rangées de militaires qui se préparaient, s’armant, se rangeant avec ordre dans les cinq camions qui attendaient le départ vers la ferme.

Adolf les observait, satisfait. Son enquête prenait enfin une tournure intéressante. Pour être franc, lui et son équipe étaient à deux doigts de la conclure et de pouvoir enfin rentrer chez eux. Il en avait ras le bol de cette désolation qu’étaient les paysages français. Edwige arriva à sa hauteur.

— Quand pourrons-nous partir ?

— D’ici une dizaine de minutes. Il n’y a pas de soucis à se faire, nous les aurons.

— Je n’en doute pas une seule seconde. Ils n’ont pas l’intelligence nécessaire pour nous échapper.

Il acquiesça gravement, mettant ainsi fin à la discussion. Il ne voulait pas réveiller la folie aryenne de sa coéquipière. S’il était convaincu de la théorie des races, Adolf n’aimait pas en discuter. Après tout, c’était acquis pour tout le monde. Il n’aimait pas pérorer pendant des heures et des heures sur telle ou telle idée. Pour lui, c’était l’action qui importait. Une action sensée, cela dit. Il n’aimait pas non plus foncer tête baissée. Il reprit la parole.

— Je préviens Hank et Ulrich. Ils nous rejoindront sur place.

Il sortit aussitôt son téléphone cellulaire de sa poche et composa le numéro de son subordonné. Ce dernier décrocha presque aussitôt.

— Waegemann.

— Nous les tenons, indiqua simplement le chef. Je vous envoie les coordonnées.

— Très bien. Nous finissons ici et nous vous rejoignons.

 

Ulrich raccrocha et se retourna vers Hank. Ce dernier était assis aux consoles de surveillance et observait attentivement les écrans qui relayaient en temps réel la vie du centre. À ces côtés, le dirigeant expliquait d’un air las.

— Nous avons vérifié et revérifié les images du jour où elle s’est échappée. En vain, il n’y a strictement rien. C’est comme si elle s’était volatilisée.

— On ne se volatilise pas comme ça, rétorqua Hank de sa voix froide.

Ulrich vint se poster derrière le siège du dirigeant et posa ses mains fermement sur le dossier.

— Nous viendrons élucider cette affaire plus tard. Nous avons du nouveau.

— Ils les ont trouvés ? s’enquit son coéquipier.

— Oui, ils… Une minute.

Sous les yeux surpris de ses compagnons, il se rapprocha d’un des écrans de la salle, le détaillant minutieusement. Peu à peu, un sourire victorieux fleurit sur ses lèvres.

— La chasse touche à sa fin. Bon retour à la maison, mademoiselle 9562692

 

…oooOOOooo…

 

« Vous êtes enceinte ». Ces mots semblèrent résonner dans l’allée. Sous la stupeur, même Anthony avait baissé son arme. Armel en avait profité pour reculer. Depuis, les questions et les doutes tourbillonnaient dans l’esprit de Marianne.

— C’est impossible, lâcha-t-elle soudain.

— Bien sûr que si. Vous êtes en âge de procréer. Vous n’ignorez pas comment cela fonctionne, n’est-ce pas ?

— Bien sûr que non !

Elle se mit à faire les cent pas, à tourner comme un lion en cage. C’était un peu ce qu’elle était. Elle avait l’impression d’être une bête sauvage, prisonnière de son corps et de ce monde apocalyptique. On ne pouvait pas porter un enfant au creux de son ventre du jour au lendemain sans en avoir aucun souvenir. C’était impossible. Même la vierge Marie, si tant est qu’elle est réellement existée, avait bien dû ressentir quelque chose. Elle se retourna soudainement vers Armel.

— Qui est le père ?

Il se mordit les lèvres.

— Je ne sais pas.

— Comment ça, vous ne savez pas ?

Il baissa les yeux, n’osant répondre. Anthony, lui, avait compris, et comme son compagnon, préférait garder le silence. Le père de l’enfant de Marianne pouvait être n’importe qui. L’adolescent n’ignorait rien des coutumes des surveillants face à ces armées de femmes dociles. Il n’ignorait rien des tournantes organisées telles des championnats gigantesques. Son père ne lui avait rien épargné lors de ses récits. Mais lui le ferait pour Marianne. Il ne voulait pas l’accabler davantage.

La jeune femme s’était arrêtée de marcher et serrait sa tête de ses deux mains, dans l’espoir de retrouver enfin des idées claires. Peine perdue. Elle trouva tout de même le courage de relever les yeux vers l’infirmier.

— Pourquoi moi ? Je veux dire, je ne suis sans doute pas la première femme à tomber enceinte.

Il la regarda avec un semblant de tendresse dans le regard.

— Non, effectivement. Je n’aurais peut-être rien fait si vous n’aviez pas présenté les premiers signes de renaissance.

— Renaissance ?

— Quand la puce perd son contrôle sur l’être qui l’abrite.

— Je vois. Pourquoi n’en faîtes-vous pas sortir d’autres ?

Il fit une moue désespérée.

— Je ne sais pas si vous vous rendez compte du danger dans lequel cela me mettrait.

— Vous avez pris le risque pour moi.

— Je l’avoue, je me suis attachée à vous. J’ai apprécié nos discussions dans le MV. Vous méritez de vivre, Marianne. Alors, je vous en prie, fuyez pendant qu’il en est encore temps !

Il accompagna ses mots d’un regard implorant à son adresse et à celle d’Anthony. Le jeune homme grogna :

— Si vous croyez que je n’ai pas déjà essayé de lui faire comprendre…

Marianne s’insurgea.

— Je ne peux pas partir. Je dois sauver mes compatriotes, les prévenir, les faire sortir.

— Et où irez-vous ? s’écria Armel. Ils sont comme lobotomisés. Ils ne pourront pas se débrouiller seuls. Votre fuite ne durerait pas un seul instant s’ils sont toujours esclave du MV.

— Alors il faut leur enlever cette puce !

— C’est impossible. Jeune fille, vous voulez mener en quelques heures une lutte de longue haleine. Dans cette guerre, seule les actions à long terme peuvent être efficaces.

— Je veux aider, dit-elle, imperturbable.

— Alors fuyez !

Il avait mis toute l’énergie du désespoir dans cette phrase. Marianne se sentait fléchir. Peut-être avait-il raison après tout. Deux nouvelles voix s’élevèrent soudain, surgissant du brouillard de ses pensées.

— Elle a l’air très entêté.

— Oui, elle aurait mieux fait d’écouter.

Une main de fer s’abattit sur son épaule, la broyant au passage. Marianne ne put retenir un gémissement de douleur.

— Bonjour Marianne, ravi de faire enfin ta connaissance.

La voix était froide, sèche, la langue allemande, évidemment. Elle tourna lentement un visage horrifié vers lui, découvrit son visage sévère, ses yeux étroits. Elle nota qu’il avait le même âge qu’elle. Comme si ça avait une quelconque importance.

Et puis, tout se passa très vite. Le compagnon de son détenteur abattit Armel d’une balle dans la tête. Le prompt et agile Anthony bondit en sa direction et lui taillada l’abdomen d’un coup de couteau. Marianne donna un coup de coude dans les côtes de son allemand, lui faisant juste relâcher quelque peu sa prise. Ce fut tout de même suffisant pour qu’elle puisse se dégager. Anthony la prit aussitôt par la main et l’entraîna dans sa course.

— Vite, dépêche-toi !

Après un dernier regard derrière elle, elle détala, ses jambes touchant à peine le sol. Elle n’avait jamais couru aussi vite de sa vie.

Ulrich se redressa en jurant. Il jeta un coup d’œil à Hank qui épanchait le sang de sa blessure.

— Ça va aller. Grouille-toi de les rattraper !

Il hocha brièvement la tête et se lança à la poursuite des fugitifs, sortant son Luger automatique. Il ne la laisserait pas s’échapper. Sa promotion était juste là, devant lui. Il ne pouvait laisser passer une victoire et une gloire pareille.

Anthony listait tous les jurons qu’il connaissait alors qu’il courait comme un dératé. Il savait que c’était une très mauvaise idée. Il l’avait dit et répété, mais personne ne l’écoutait jamais, surtout pas cette belle demoiselle aux cheveux dorés. Dans sa main, Marianne commençait à perdre de la vitesse. Il ne ralentit pas, l’encourageant à continuer ses efforts d’une pression de la main. Ce n’était pas un simple 200 mètres qu’ils couraient, comme en témoignait la balle à laquelle il venait juste d’échapper. Ce Naz de merde les avait pris en chasse. Courir, courir toujours plus vite.

Ils arrivèrent enfin au grillage et se faufilèrent hors de la cour. Jessie, affolée, vint à leur rencontre.

— J’ai cru mourir de trouille, qu’est-ce qu’il se passe ?

L’adolescent l’attrapa de sa main libre.

— Contente-toi de courir !

Elle s’exécuta, entraînée par l’élan du jeune homme, alors qu’une balle se figeait dans le tronc d’arbre à ses côtés. Elle maugréa.

— Pas encore…

Le bosquet dissimula bientôt leur fuite, mais pas leurs traces. Ulrich était un fin traceur. Il les retrouverait s’ils s’arrêtaient un seul instant.

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